Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Raymonde

Raymonde

Née le 17 novembre 1926

A Gérardmer ( Vosges )

Nous étions en zone occupée. Il y avait deux zones en France, la zone occupée et le sud qui n’était pas occupé. J’ai vécu là-haut, normalement, avec l’occupation. Bon, c’est sûr, il y avait les troupes allemandes. Chez mes parents, c’était réquisitionné, il y avait la Feldkommandantur. Il y avait un lieutenant, il devait avoir vingt ans, il était jeune et triste. A vingt ans, il avait quitté ses parents. Tout allemand qu’il était, il nous apportait de temps en temps un peu de pain, et un peu de viande, mais enfin, très très peu. Ma mère lui avait fait une paire de chaussons, car il avait les pieds presque gelés. C’est vrai que c’était un lettré. Il avait fait des études, il parlait l’anglais et là, il apprenait un peu le français. Je ne parlais pas avec lui, parce que c’était défendu, et puis j’étais jeune. C’était l’ennemi quand même !

Il y avait les restrictions comme partout. On avait la chance, dans les Vosges, de pouvoir aller chercher du lait à la campagne. Tous les jeudis, je faisais une dizaine de kilomètres aller –  retour pour aller chercher du lait pour mon jeune frère qui en avait besoin. Je devais avoir quinze ou seize ans.

La ville de Gérardmer a été pratiquement brûlée. Il n’y a que la mairie et le centre qui n’ont pas été brûlés. La maison de mes parents, elle aussi, a complètement brûlée. Les allemands sont venus dans les maisons avec du gas-oil, ils ont mis les chaises,  les tables, à l’envers et ils ont arrosé le tout. Ils avaient du gros papier kraft et ils ont mis le feu. Il neigeait. C’était le 17 Novembre 1944, le jour de mes dix-huit ans. Ils ont brûlé la ville. Il y avait beaucoup de neige qui tombait. Mes parents, après l’incendie de la ville, se sont retrouvés sans rien. Pas une chaise, rien du tout. Ma mère avait, à l’époque, onze mille francs (110 francs, 16,70 euros) qu’elle avait mis de côté. Ce n’était pas beaucoup. Ma grand-mère, qui avait aussi un petit appartement dans une cité ouvrière, était partie dans la montagne, voir des personnes un peu âgées, pour s’occuper d’elles. C’était l’occasion de boire du lait et de manger un peu de fromage. Ma pauvre grand-mère n’avait rien d’autre à manger que du fromage. Elle avait fait une vingtaine de kilomètres pour voir la ville brûler, et la pauvre, elle n’avait plus un sou, car comme les vieilles gens, elle avait mis ses économies dans les draps. Les draps ont brûlé …  et les sous avec ! Pauvre mémère.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 13 h 45 min

    Le texte de Raymonde a été collecté lors de rencontre avec le foyer logement des Floralies au Pontet (84130) en 2009.

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