Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Paul

paul

Né le 19 février 1927

A Chambon sur Lignon ( Haute Loire )

 

J’ai commencé à travailler j’avais 13 ans. J’ai commencé par tailler la ligne. On n’avait qu’un cheval mais toutes les semaines c’était le travail des gamins de nettoyer l’écurie. Ce n’était pas des gros travaux mais la terre il fallait la retourner et on n’avait pas de matériel agricole. Tout était fait à la main.

Le premier vrai travail que j’ai fait c’est de faucher, à la faux bien sûr. Et là j’avais quand même 14 ans. J’aimais bien ça. Il n’y avait pas de tracteur. On avait des faucheuses, avec des bœufs, mais la faucheuse n’allait pas de partout et là où c’était difficile d’accès ou trop en pente on le faisait à la main. On nous a appris aussi à tailler et aiguiser la faux. Nous avions une petite enclume et avec le marteau nous tapions des petits coups sur la faux. L’enclume était légèrement arrondie et si la faux était bien tapée, lorsqu’on mettait une goutte d’eau dessus il fallait qu’elle glisse jusqu’à la pointe. Si elle y allait, alors c’était bien fait. Nous avions une petite sacoche qu’on accrochait à la ceinture avec une pierre noire qui nous servait à aiguiser.

Mon frère, qui est décédé l’année dernière, avait 13 mois de moins que moi. Il n’a jamais su aiguiser sa faux. Lui c’était l’intellectuel. Si mes parents avaient eu de l’argent il aurait fait des études. Il a passé son certificat d’études le 5 juin, il avait eu 12 ans le 29 mai. C’était limite mais on  ne pouvait pas le refuser parce qu’il avait ses 12 ans. Le soir il faisait ses devoirs avec le chat sur ses genoux et de l’autre main il caressait le chien. Il m’énervait parce que moi il fallait que je sue sang et eau.

Mon père est décédé  il avait 50 ans, j’avais 23 ans. Nous sommes partis chacun de notre côté. Ma sœur était déjà mariée, mes frères sont partis à l’usine mais moi je ne pouvais pas supporter de rentrer dans une usine et de rester enfermé. Je suis resté un an dans la région de Valence, à Châteauneuf d’Isère. Là c’était dur. Il y avait des machines et des tracteurs mais on travaillait encore avec des chevaux. Nous avions quatre chevaux, c’était des étalons. Il y avait également des juments. Dès que le cheval avait cinq ans le patron pour qui je travaillais le vendait et le remplaçait aussitôt par un poulain. Cela lui faisait faire des bénéfices.

Il fallait que les chevaux soient toujours propres. Ils brillaient matin et soir. Ils étaient gentils ces chevaux mais il fallait toujours faire très attention quand nous étions devant parce que un étalon ça cabre. Il fallait être prudent. J’avais un collègue avec moi il en avait peur.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 13 h 40 min

    Le texte de Paul a été collecté lors d’un premier projet avec le foyer logement du Ronquet à Sorgues (84700) en 2012.

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