Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Moussa

moussa

Né en 1975

En Guinée

La vie d’un être humain est toute une histoire. Je vais vous raconter la mienne, ou plutôt une partie de mon histoire, celle qui a le plus marqué mon existence.

Je travaillais alors comme colporteur dans la plus grande ville d’Afrique de l’Ouest, Lagos (Nigéria). Pour gagner ma vie, je vendais des pagnes avec des amis. J’avais alors 25 ans. Un jour, ou plutôt un beau matin, alors que je me brossais les dents, un jeune garçon me salua. J’ai levé la tête pour le regarder et j’ai alors sauté de joie pour l’embrasser. C’était un ami d’enfance qui venait directement de Conakry, la ville de Guinée (Afrique de l’Ouest) où nous avions vécu ensemble. Toute la journée je restais avec lui pour avoir des nouvelles de tous ceux qui me manquaient, y compris bien sûr mes parents. À la fin de la journée, il m’a remis une lettre qu’il tenait de mon père et qui m’était adressée.

Je passais cette nuit-là dans la petite chambre que je louais, allongé sur la paillasse que j’avais achetée avec mon propre argent. Je suis analphabète et pour lire ma lettre j’avais dû faire appel à un jeune écolier pour qu’il m’aide à comprendre ce message. Assis à côté de moi sur la paillasse, il me lit la lettre :

***********

Cher fils,

Ici je me porte bien et toute la famille, ta mère, tes marâtres, tes frères et sœurs se portent bien. J’espère que tu te portes bien aussi. Aujourd’hui tu sais que tu as plus de 25 ans, c’est l’âge de se marier. Et j’ai jugé bon que tu aies une femme. Pour cela, je te demande de rentrer au village pour qu’ensemble, avec ta mère, on te trouve une femme. Tu auras ensuite ma bénédiction et celle de ta mère. Toute la famille t’attend.

Je crois que c’est tout ce que je voulais te dire.

Porte-toi bien.

J’espère te voir bientôt.

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Après lecture de cette lettre, le jeune écolier prit congé et me laissa seul dans la chambre. J’essayais alors de réfléchir à tout ce qui m’avait été dit dans la lettre, mais des questions revenaient sans que je ne puisse trouver une seule réponse. Comment pourrais-je me marier alors que je n’avais rien dans les poches ? Une femme à mes côtés sur ce lit ? Des enfants à naître ? Est-ce que je pourrais assumer tout cela ? Je finis par m’endormir avec beaucoup d’inquiétudes dans la tête.

Le lendemain, tout confus, je n’ai pas pu aller vendre au marché. Je réfléchissais encore, mais rien ne venait. Du coup j’ai décidé d’aller voir un oncle pour lui demander conseil. C’était un vieux monsieur d’une soixantaine d’années qui vivait dans cette ville de Lagos depuis plus de 20 ans, avec ses trois femmes et ses 13 enfants dans une maison de trois chambres et un salon. Lui-même envisageait de rentrer dans son pays natal, la Guinée, avec toute sa famille, sauf les garçons qui avaient plus d’une vingtaine d’années, pour se consacrer à l’agriculture.

Je débarquai chez lui dans les environs de 10 heures du matin. Il était assis sur une chaise, sur sa terrasse. Le Saint Coran dans la main, il lisait les versets. « Bonjour, grand-oncle !Bonjour Moussa, dit-il tout en fermant le Coran, comment vas-tu ? – Bien, oncle ; et ici ça va bien ? – Oui, ça va bien. Tu n’es pas allé au marché aujourd’hui ? – Non. J’ai un problème et je voudrais que vous m’aidiez. »

 Il accepta de m’écouter et je lui racontai toute mon histoire. Il m’écouta jusqu’à la fin et me conseilla de suivre les idées de mon père. Alors j’ai décidé de ne plus réfléchir et de suivre à la lettre ses conseils : une semaine après, je pliais mes bagages pour rentrer au village.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    11 mai 2016 at 9 h 23 min

    Le texte de Moussa a été collecté lors d’un concours d’écriture organisé par Histoires et Souvenirs en 2012.

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