Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Marie

lm

Née le 19 janvier 1911

A Almeria ( Espagne )

 

A Sorgues j’ai habitée rue Pélisserie, ensuite en face de l’église. Puis il y a eu la guerre. Mon beau-frère, le mari de ma sœur, qui était du Pontet, a dû aller se battre. Donc ma sœur est restée seule à la campagne parce que lui c’était un paysan. Alors mes parents sont allés là-bas, au Pontet.

Pendant la guerre nous avons  manqué de nourriture. C’était pour tout le monde pareil. Nous allions chercher la ration de viande et nous demandions  toujours un petit peu de rab, même si c’était du gras.

J’ai rencontré mon mari en 1939, au bal de Sorgues. Le bal était juste à côté de la parfumerie Mireille. À ce moment-là je travaillais à l’usine de soie à Avignon. On comptait travailler tous les deux là-bas parce que c’était tranquille mais finalement l’usine a fermé.

Quand je me suis mariée j’ai habité à Sorgues, dans la rue Ducrés.  Les Allemands s’accaparaient un peu tout mais j’ai réussi à trouver un appartement. Il y avait des escaliers pour monter jusqu’à la cuisine, il fallait sortir de la cuisine et il y avait d’autres escaliers pour monter jusqu’à la chambre. Mais on a fait avec.

Mon fils est né vers la fin de la guerre. Il y avait beaucoup de restrictions mais nous manquions  surtout de pain. A Avignon, il y avait le magasin Georges qui vendait tout pour les enfants, entre autre  des poussettes. J’ai eu la dernière. Heureusement qu’il n’a jamais été malade. Il était gentil. Je le nourrissais au sein et il a commencé à manger assez tôt mais on n’avait rien pour donner à manger au petit. Les enfants quand ils sont petits ils aiment avoir un petit bout de pain pour mastiquer.

Un jour que j’allais chez ma sœur au Pontet, les Allemands m’ont arrêté. J’étais en bicyclette et je n’avais pas de sac. Ils m’ont demandé mes papiers. Je leur ai dit que je les avais laissés à la maison. Il y en avait un qui était saoul apparemment et qui voulait me tirer dessus. L’un d’entre eux l’a retenu. J’ai eu une sacrée peur. Parfois je me dis que maintenant c’est une « rigolade  » en comparaison de ce que nous avons  vécu auparavant.  La vie n’a pas toujours était facile, ni belle.

Mon mari était un brave père de famille. Mais il a eu un accident et il a perdu un poumon. Il travaillait au bord du Rhône et il tirait du gravier. Il devait monter un petit chemin avec une brouette pleine à ras. Son pied a glissé et la brouette lui est tombée dessus. Le bras de la brouette lui est rentré dans le poumon. Il a été transporté à l’hôpital et il y est resté quelques temps. A ce moment-là avec son assurance il n’a pas eu grand-chose mais il a eu une petite pension.

Ensuite il est allé llorca4travailler à Châteauneuf du Pape. Il y allait en bicyclette. Il nettoyait les cuves de vin. Il ne rentrait pas le midi, il mangeait sur place. Notre pain, tout le long de la guerre c’était des pommes de terre. Heureusement que mon mari avait une sœur qui habitait à Monteux. Il a essayé de faire un peu le paysan et nous arrivions à avoir cent kilos de pommes de terre. Nous n’avions pas  grand-chose à mettre dans le feu alors dès que je pouvais l’allumer je mettais mes pommes de terre au four. C’était mon pain. On en donnait un petit bout au petit pour qui le mastique, un petit peu pour le soir pour mon mari et moi, le reste je lui donnais pour le midi. On faisait comme on pouvait.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 13 h 17 min

    Le texte de Marie a été collecté lors d’un premier projet avec le foyer logement du Ronquet à Sorgues (84700) en 2012.

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