Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Lucienne

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Née le 30 mars 1922

A Longeville en Barrois ( Meuse )

Pour ce qui est de ma scolarité, je suis allée à l’école maternelle à Longeville-en-Barrois puis Triconville, Juvigny et Matougues dans la Marne. Je suis allée à l’école jusqu’à quatorze ans, jusqu’au certificat d’étude que je n’ai pas eu, mais cela ne m’a pas empêché de vivre.

Une anecdote sur ma scolarité : j’avais dû faire une bêtise, le maître a voulu me frapper sur les doigts. Mais moi je lui ai fait face. Je lui ai dit que s’il me touchait mon père m’avait dit d’aller à la gendarmerie. Et je l’aurais fait.

Je me souviens de l’accident de train à Lagny-Pomponne en décembre trente-trois sur la ligne Paris-Strasbourg. Les trains étaient bondés, c’était Noël. Il y a eu plus de deux-cent morts. C’est un train rapide qui a percuté un train express. J’y suis passée le lendemain, il y avait de grands rideaux pour que l’on ne regarde pas. C’était terrible !

Quand la SNCF a été créée, en mille-neuf-cent-trente-sept, ils prenaient tout le monde. Papa est rentré à la SNCF, nous sommes allés habiter à Matougues et nous y sommes restés. Il partait le matin et il rentrait le soir.

À quatorze ans, je n’étais pas fille de cultivateur, je n’avais pas de terre ni de sou, il a fallu que j’aille travailler. J’ai trouvé un emploi à Châlons-sur-Marne ou je faisais des habits pour les écoles d’enfants de troupe. J’étais ce que je suis restée, ce n’est pas couturière, c’est juste une fille qui s’en va travailler dans une usine pour coudre et piquer à la machine.  J’y suis restée jusqu’à ce que je me marie en quarante-huit.

Pendant les années de guerre il fallait vivre pratiquement caché. Beaucoup allaient en Belgique pour aller chercher du chocolat et des tissus pour le marché noir. Il n’y avait pas de restriction en Belgique, ils étaient ravitaillés par les américains. Papa connaissait bien les bois jusqu’à la frontière belge. Il y avait la peur des gendarmes, mais les trois-quarts étaient d’accord. Il y avait des échanges entre Français et Allemands, et un peu plus tard ils se tiraient dessus. Il y avait du marché noir également avec le vin, le pain, le tabac, la farine.

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J’ai rencontré mon mari à un bal de mariage. Pourtant il n’aimait pas beaucoup la danse, il préférait être dans les vignes avec son sécateur. Je ne le connaissais pas, il avait dix ans de plus que moi. Il était de Dizy, à coté d’Epernay, en plein cœur de la Champagne où il vivait chez ses parents. Il avait une voiture, une Panhard.

Nous nous sommes fréquentés trois mois puis nous nous sommes mariés. Ensuite nous avons vécu à Dizy où mon mari possédait deux hectares de vignes. On y vivait bien. J’avais un petit chien et un petit chat. Nous avions un jardin potager où l’on faisait pousser tous les légumes. Il n’y avait pas de douche, c’était le broc et la cuvette. La vie était dure mais on était habitué. Les toilettes étaient à l’extérieur, le papier toilette c’était le papier journal. Nous avons eu l’électricité en cinquante-et-un.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 13 h 29 min

    Le texte de Lucienne a été collecté lors du second projet avec le foyer logement du Ronquet à Sorgues (84700) en 2015.

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