Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Jeanne

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Née le 15 janvier 1923

A Sorgues ( Vaucluse )

Mon père était contremaître à l’Alfa, une usine à papier qui était à Sorgues.  Ma mère travaillait chez Rivolier & Jugnet, un fabriquant de landaus qui se trouvait également à Sorgues, vers le pont de l’Ouvèze. Elle montait les capotes sur les landaus.  Je suis fille unique. Je suis née à Sorgues, j’ai fait ma communion à Sorgues, je me suis mariée à Sorgues et mes enfants sont nés à Sorgues.

Nous habitions au quartier de la gare, la maison un peu haute à droite dans le virage, juste avant le pont. C’est là que je suis née le quinze janvier mille-neuf-cent-vingt-trois. Mon père avait mis l’électricité dans la cuisine, mais il fallait des petits lampions pour monter dans les chambres. Pour la lessive il y avait des lavoirs dans Sorgues, il y en avait un rue du Crest, il y en avait un vers l’église. Mais ma mère lavait le linge dans le petit ruisseau qu’il y avait dans le fond du jardin. C’était un petit bras de la Sorgues.

Nous sommes partis du centre de Sorgues j’avais sept ans et demi pour aller habiter à côté de l’usine de l’Alfa qui était au quartier de la Traille. Nous étions au milieu d’un magnifique pré. J’allais y chercher des violettes en rentrant de l’école. Qu’est-ce qu’on y était bien, je n’en ai que des bons souvenirs ! C’était un ilot au milieu des prés. Nous étions un petit groupe d’ouvriers de l’Alfa à habiter là. J’y suis restée jusqu’en mille-neuf-cent-cinquante et un.

Quand nous sommes arrivés, c’était magnifique. Nous avions l’électricité de partout, l’eau courante à l’évier, alors que lorsque nous habitions à Sorgues il fallait aller à la pompe. Il y avait un cabinet à chasse. Pour les résidents il y avait également un grand lavoir.

Chaque fois que je passe par là, ça me fait quelque chose. Ils ont tellement abimé ce terrain. Il y avait une très belle allée de platanes. Maintenant il y a une montagne de gravats à la place du pré.

J’ai fait toute ma scolarité à Sorgues, pourtant l’Alfa faisait partie de la commune du Pontet. C’est le canal qui délimitait le territoire entre le Pontet et Sorgues, et nous étions du côté du Pontet. Les premières années, je suis allée à l’école avec le tram. Ils ont supprimé le tram en trente-deux. Il allait du pont de l’Ouvèze jusqu’à Avignon, en passant par Le Pontet. Ensuite il y a eu les bus.

Pendant la guerre il y avait de grandes tranchées dans le pré, pour se protéger lors des bombardements. Mais nous n’avons pas trop souffert des restrictions. Ma mère avait des lapins, des poules et des pigeons, mon père avait deux grands jardins. À part pour le pain, nous avions ce qu’il fallait.

J’ai fait une année de ce que l’on appelait les cours supérieurs. Ensuite je suis allée apprendre à coudre, j’avais quatorze ans.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 13 h 34 min

    Le texte de Jeanne a été collecté lors du second projet avec le foyer logement du Ronquet à Sorgues (84700) en 2015.

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