Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Colette

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Née le 21 août 1930

A Antioche ( Turquie )

 

Mon père était normand, né à Caen. Ma mère était lorraine, née à Verdun où elle a rencontré mon père qui travaillait au cadastre, chargé du remembrement des terrains suite aux dégâts de la guerre de quatorze -dix-huit. Sa mission terminée, il fut désigné en mille-neuf-cent-vingt-cinq par le gouvernement français pour effectuer le cadastre hydraulique et archéologique de la Syrie, sous protectorat français à l’époque. Après avoir exploré le nord du pays, il atterrit à Antioche, province Syrienne annexée à la Turquie en mille-neuf-cent-quarante-huit, où ma mère le rejoint en mille-neuf-cent-vingt-huit.

Je suis née à Antioche le vingt-et-un août mille-neuf-cent-trente.

Puis mon père fut nommé à Homs, ensuite à Damas comme chef du cadastre. Nous vivions tous en bonne intelligence et en paix, musulmans, chrétiens, juifs et autres autochtones.

En mille-neuf-cent-quarante, les anglais, s’implantant en Palestine, se sont introduits petit à petit en Syrie et y ont délogés les français. En quarante-et-un, mon père refusant de leur donner les clefs du cadastre de Damas fut emmené manu militari, au moment de la sieste, par deux soldats anglais sur place pour leur remettre ses clefs du service.

Il refusa également de travailler pour eux, estimant qu’ils agissaient illégalement. À son retour à la maison, il déclara à ma mère que nous rentrions en France sous quarante-huit heures pour rejoindre la zone non occupée par les allemands que l’on appelait la France libre, mais qui n’allait pas le rester.  Nous étions en octobre mille-neuf-cent-quarante-et-un.

Quand nous sommes arrivés, on nous appelait les rapatriés. Nous étions mal admis. De plus, nous étions en période de restrictions, les tickets de rationnement nous étaient donnés au compte- gouttes.

Nous avons atterri à Sorgues en quarante-trois. Mon père se rendait de Sorgues à Avignon à vélo. Il avait fini par être nommé à un poste correspondant à ses compétences, ingénieur au génie rural spécialiste de l’hydraulique dans le Vaucluse. Ceci n’empêchait pas les difficultés d’approvisionnement. Mon père et ma mère, toutes les semaines, à bicyclette, allaient jusqu’aux Valayans s’approvisionner en pommes de terre et autres légumes quand ils en trouvaient.

C’est au cours d’une de leurs absences que la sirène se mit en marche, annonçant l’arrivée d’avions. Aussitôt, étant l’aînée, je rassemblai ma sœur et mon frère pour nous réfugier dans une tranchée aménagée par mon père le long des cyprès au bout du jardin. Levant la tête, j’ai vu un gros objet tombant du ciel sur le quartier. J’ai eu la peur de ma vie, prenant l’objet pour une bombe. Nous apprîmes le lendemain qu’il s’agissait d’un réservoir de carburant délesté par un avion.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 13 h 35 min

    Le texte de Colette a été collecté lors du second projet avec le foyer logement du Ronquet à Sorgues (84700) en 2015.

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