Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Alina

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Née le 5 juillet 1923

A Varsovie (Pologne)

La vie au ghetto devenait de plus en plus difficile. Notre nourriture était très modeste et j’avais faim de plus en plus souvent. Je ne le montrais pas à ma mère, qui était encore en convalescence.

C’est dans cette période qu’a débuté l’ère de Stawki. Je n’avais jamais entendu parler de cet endroit  auparavant mais désormais son nom était sur toutes les lèvres. Lorsque j’évoque cette période, j’entends l’air de « heil li heil la » et le bruit de bottes des soldats en marche, en  « action ». En réalité en chasse à l’homme sans défense. Jusqu’à présent j’ai du mal à admettre que cette « chose là » ait pu être inventée par des hommes.

Comment cela fonctionnait-il ? Les soldats encerclaient un quartier, sortaient tous les habitants dehors et les conduisaient précisément à Stawki. De là, les gens étaient conduits dans une localité que personne ne connaissait, nommée Treblinka.

Au départ nous non plus ne savions pas quoi en penser et, en grands optimistes devant l’Eternel, supposions qu’il s’agissait d’un nouveau ghetto. Mais cette méprise n’a duré que quelques jours. Un fuyard, un témoin, une indiscrétion et  soudain la terrible vérité s’est répandue à la vitesse d’un éclair : Treblinka n’est qu’une énorme chambre à gaz où les captifs sont enfermés pour être gazés. On parle de véritables queues formées devant ces chambres, de la tonte de cheveux, que les Allemands, toujours bons gestionnaires, récupéraient pour  en faire des matelas, du savon confectionné à partir de la graisse humaine. Chaque nouvelle information était encore plus terrifiante que la précédente. Nous avions beaucoup de mal à y croire, mais les sources étaient de plus en plus nombreuses et concordantes. La solution finale a pris sa forme « systématique » en Janvier 1942.

 Un jour, ils ont « déporté » mes grands parents.  Ma mère a perdu ses parents. En évoquant cet événement, j’ai toujours manqué de courage pour les imaginer dans ces lieux de tuerie. Alors, dans mes pensées, je les quittais à l’entrée des wagons à bestiaux, dans lesquels ils étaient transportés.

Quelques jours plus tard, au petit matin, Rys, le petit frère de Witek mort à Oswiecim, nous a rejoints en courant. Lui et ses parenalina9ts on été pris et conduits sur une grande place à Stawki, mais lui a réussi à s’évader. De nouveau ces terribles images dans ma tète : mon oncle de grande stature, avec sa prothèse. Comment étaient leurs derniers instants ? Savaient-ils au moins que leur fils a pu s’échapper ? L’imagination passe parfois par des images banales mais obsédantes : je revois toujours mes grands parents dans le train à bestiaux et  ma tante, cette petite femme charmante, soutenant son mari handicapé.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 14 h 16 min

    Le texte d’Alina, plus long que la majorité des autres textes, a été écrit par Alina. Il nous a été confié par sa famille.

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