Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Rose Marie

BUSSY1

Née le 28 septembre 1927

A Burbure ( Pas de Calais )

 

Nous sommes arrivées à Arras à 11 heures. Le garde nous conduisit à l’assistance, grande maison avec des hauts murs, et des fenêtres garnies de barreaux par où le soleil pénétrait bien peu. Tout respirait la tristesse et sentait le moisi. J’avais le cœur serré. Je me demandais ce que nous allions devenir. Nous fîmes nos adieux au garde en lui demandant de dire à maman que nous pension bientôt la revoir.

Puis on nous conduisit dans une grande salle entourée de bancs. Dans le fond un grand bureau ; Une sœur y était installée. Elle nous regardait d’un air autoritaire. Son regard dur nous faisait peur. Nous prîmes place près des autres enfants qui nous regardaient avec curiosité, nous qu’y allions subir le même sort qu’eux. Une fillette plus âgée, s’occupa un peu de nous et fit de son possible pour nous consoler, en nous faisant faire la connaissance des autres. Que de regards tristes dans tous les yeux. Cela se voyait. On n’était pas heureux ici. Ma petite sœur nous a quittées le lendemain. Elle ne pouvait plus rester avec les grands. Elle fut conduite à la crèche pouponnière. En partant, elle criait tout en se retournant. On demanda à la sœur s’il serait possible d’aller la voir, mais elle ne nous répondit pas. Pourquoi nous priver de cette joie ? Nous l’avions élevée jusque maintenant. Elle ne connaissait que nous.

Quinze jours après notre arrivée, j’étais remplie de poux. De peur qu’on me rase les cheveux, je me permis d’aller laver ma tête dans la buanderie, petite pièce où on lavait le linge. Entre temps, une sœur arriva et me trempa la tête dans le baquet quatre fois de suite puis m’enferma dans un petit réduit sans même me laisser essuyer mes cheveux. Je restais là une journée sans manger en grelottant. Il n’y avait qu’une sœur qui était bonne avec nous. Elle se nommait sœur Marie-Henriette. On la voyait rarement. Elle ne s’occupait pas des enfants. Peut-être que la supérieure la trouvait trop douce. Comme elle savait nous parler et nous sourire ! Cela nous réconfortait et une petite flamme illuminait notre petit cœur endormi faute de caresses.

Nous nous sommes confiées à elle pour avoir des nouvelles de ma petite sœur. Quand elle pouvait, elle nous conduisait la voir, cela lui faisait grand plaisir. Je vis ma petite sœur une dernière fois. Ce jour-là, j’avais un pressentiment, je ne pouvais la quitter. Elle pleurait et voulait qu’on la prenne. Elle ne pouvait comprendre et nous traitait de méchantes. Elle partit en nourrice trois jours après, sans qu’on puisse lui dire au revoir. C’est sœur Marie-Henriette qui nous l’a dit. Une dame en auto était venue la chercher. Elle allait être bien. Avaient-ils donc une pierre à la place du cœur pour nous faire souffrir ainsi ? Ne pouvaient-ils donc pas comprendre ? Puis on s’est mis à la raison, elle allait avoir une maman, un peu plus d’affections et au moins elle mangerait à sa faim.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 13 h 42 min

    Le texte de Rose-Marie a été collecté lors d’un premier projet avec le foyer logement du Ronquet à Sorgues (84700) en 2012.

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