Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Paulette

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Née le 26 mars 1935

A Avignon ( Vaucluse )

On est allé au patronage, dirigé par le curé avec qui on allait au catéchisme. C’est lui qui a créé le mas de Carle à Pujaut. Il était assez renommé, surtout par les gitans et par tout le quartier de la Balance. Les jeunes démunis, il ne leur demandait rien et il les emmenait en vacances. C’était un homme vraiment très bon et, en plus, charmant. Même que petites, nous étions toutes amoureuses de lui !

J’aime ce quartier de la Balance, je l’ai toujours aimé. Pourtant j’y venais par épisodes, étant d’une santé fragile, souvent obligée d’aller au préventorium. Mais quand j’y revenais, ça me faisait toujours quelque chose. Je me retrouvais chez moi. Dans ce quartier, il y avait vraiment des gens que j’appréciais beaucoup. Les gitans étaient très respectueux des gens de « la Balance », et je les aimais beaucoup. Il y a des figures qui me sont restées, comme Panico. Il tenait une mercerie, mais en même temps il vendait des cahiers, tout ce qui pouvait dépanner. Les feuilles bleues avec lesquelles nous recouvrions nos livres, c’est lui qui les fournissait. En ce temps-là on nous faisait tout à crédit. Ma mère ne savait ni lire ni écrire, mais, pour compter, elle était forte.

Il y avait aussi Guindon, c’était un épicier qui faisait le marché avec son charreton. Il allait avec jusqu’au marché-gare. Il fallait voir ce bonhomme, petit, trapu mais costaud. Avec ses grosses moustaches grises, il avait un beau visage. Lui et sa femme formaient un couple merveilleux. Si j’avais eu un grand-père et une grand-mère, j’aurais aimé que ce soit eux, tellement ils étaient beaux. Ils nous faisaient souvent crédit. En fin de semaine ou aux fins de mois, ma mère tenait ses comptes, lui tenait ses comptes, il mettait tout à jour et on réglait les dettes. C’est souvent que l’on allait chercher 50 g de coulis de tomates, un demi-litre d’huile. Tout était au détail, le sel, tout. Souvent, quand j’allais chercher le coulis de tomates, il n’en restait pas beaucoup arrivé à la maison, je le mangeais par gourmandise !

Après Guindon il y avait la rue Vieille-Poste, où habitait notre facteur. Je le revois portant sa caisse devant. Il avait toujours un mot pour chacun, il était connu comme le loup blanc. Plus loin il y avait Di Donna, le marchand de glace. On le regardait faire sa glace qu’il allait vendre sur la place de l’Horloge. L’hiver, c’étaient les châtaignes. On allait au Vox (le cinéma) ou au théâtre, où l’on resquillait souvent, l’hiver avec notre cornet de châtaignes et l’été, quand on le pouvait, avec un cornet de glace. Ce bonhomme, au moment des Rameaux, vendait des rameaux en fruits confits (cela se faisait beaucoup à cette époque-là) à côté de la statue de Mistral, dans la rue de la République, là où il y avait Rullière et Bouchara. Les femmes sortaient leurs tenues d’été pour les Rameaux. Je badais ces rameaux de fruits confits, ils me faisaient envie.

Quand vous entriez dans le quartier de la Balance il y avait un restaurant. De l’autre côté il y avait une grande épicerie et plus loin le Jean-Bar : c’était un bar où allaient les artistes du TNP (théâtre national populaire). On y voyait Jean Vilar ou Gérard Philipe. Mon père, qui était tailleur de pierres, travaillait au palais des Papes. Souvent il voyait les répétitions. J’allais le voir de temps en temps, mais je ne rentrais pas, je l’attendais à l’extérieur.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 14 h 34 min

    Le texte de Raymonde a été collecté lors de rencontre avec le foyer logement des Floralies au Pontet (84130) en 2009.

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