Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Patrick

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Né le 18 janvier 1962

A Bruxelles ( Belgique )

Le plus dur pour moi, ça a été les trois premières années de rue, jusqu’en 1999. Subir les conséquences de la vie, ce n’est pas évident. Heureusement, certains m’ont appris à vaincre la rue, en particulier deux Allemands qui m’ont dit : « Ecoute Patrick, pour survivre dans la rue, il y a un parcours du combattant. Que ce soit l’hiver ou l’été, tu dois toujours savoir te démerder. » Durant les trois premières années, cela n’a pas été évident. Essayer de vaincre, de surmonter cela. Il fallait que j’apprenne. A partir de fin 1999, début 2000, c’est allé mieux. J’ai commencé à m’en sortir à peu près, j’ai fait des connaissances. Avec Jean-Michel, Philippe et Yves, nous étions quatre. Nous avons fait un bon bout de chemin ensemble, nous nous sommes installés sur Agde et nous n’avons plus bougé. Enfin, je me comprends. On allait dans les petits villages des alentours – Marseillan, des fois jusqu’à Frontignan – mais nous revenions toujours sur Agde.

A l’heure actuelle je veux vraiment m’en sortir, je ne veux plus retourner dans la rue, plus envie du tout. Au bout de treize années, je commence à comprendre qu’il faudrait que je me mette ça dans ma petite cervelle. C’est vrai qu’elle n’est pas énorme, je ne suis pas malin, je ne suis pas intelligent, mais je ne suis pas con non plus. Quand j’ai su ce qu’était la vie de la rue, j’ai vu des nouveaux arriver, c’est moi qui ai dû leur expliquer ce que c’était. Bien souvent ils étaient plus jeunes que moi, et je leur expliquai qu’il fallait prendre sa tente, qu’elle soit de toile ou en carton. Ton petit chez-toi, tu peux toujours te le fabriquer pour y vivre tranquille. Ça dépend d’avec qui tu te trouves. Eviter la bagarre, la misère, parce que la misère tu la subis souvent, la drogue, l’alcool. Celui qui me dit qu’il n’a jamais bu ou jamais touché à la drogue dans la rue, je ne le crois pas. Je ne posais pas de questions, je voulais juste leur apprendre la rue.

C’est vrai que quitter la Belgique, ça a été mon choix, personne ne m’a obligé, c’est moi qui suis parti. Des fois, quand j’entends certains dire qu’ils en ont marre de leur travail, de leur femme, qu’ils vont tout laisser tomber, je dis : « C’est facile à dire. Moi, c’est ce que j’ai fait, mais je l’ai regretté. Je m’en suis voulu. C’est vrai que j’avais des problèmes avec ma femme, avec mes parents et toute ma famille, et j’ai décidé de tout quitter et partir. « – Tu pars, eh bien va t’en, mais ne reviens jamais ! » m’a dit ma femme  J’ai pris mon sac et je suis parti. »

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    11 mai 2016 at 8 h 59 min

    Le texte de Patrick a été collecté dans l’entourage direct d’un membre d’Histoires et Souvenirs en 2011.

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