Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Nicole

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Née le 1 décembre 1927

A Paris XIIIème

 

 

         Je me souviens de ces années 1928-1938 qui sont bien loin derrière moi maintenant, et pourtant…

         Oserai-je ? Oserai-je enfin déverrouiller ce coin caché de ma petite enfance qui m’a tant perturbée et que je n’ai jamais oublié.

         Je suis arrivée à l’âge d’un mois chez mes grands-parents maternels, pas très heureux de ce cadeau. Après une longue vie de travail, ils avaient bien le droit au repos. Ils avaient élevé six enfants et pas d’allocations familiales à l’époque !

         Grand-père était mineur de fond et faisait souvent deux postes pour nourrir sa famille. Il avait le droit à «  un carreau de terre  » que lui louait la mine, pour cultiver des légumes. Il n’arrêtait jamais…

         Grand-mère faisait des miracles en cuisine pour nous satisfaire mais le morceau de viande était réservé au père qui rapportait la paye. Ils élevaient quelques lapins. Un dimanche, le pot-au-feu, le dimanche suivant le lapin.

         J’étais une petite fille craintive, sage mais assoiffée de tendresse. Quand je voulais embrasser ma grand-mère, elle tournait la tête et mon baiser arrivait sur ses cheveux. Je ressens encore quelquefois cette sensation envahissante de me sentir de trop. Je n’ai jamais eu faim, ni froid, mais ni fête d’anniversaire ni autre.

         Heureusement, j’aimais l’école, je travaillais bien, j’adorais lire (les livres loués au patronage) mais je n’avais pas le droit de lire à la maison. Grand-père disait que c’était un luxe de lire, une perte de temps, il fallait aider au ménage et raccommoder, raccommoder… les chaussettes, les vêtements à user jusqu’au bout.

         Grand-père était fier de moi, de mes bonnes notes à l’école. La remise de prix avait lieu au mois de juillet, on montait sur une estrade dans la cour de l’école pour la distribution des prix, faite par Monsieur le Maire, la directrice et les institutrices, les parents étaient invités. Je montais les quelques marches pour recevoir mon prix mais je n’étais jamais accompagnée.

         Cela me semblait bizarre et je ne comprenais pas, il m’a fallu bien du temps, bien des années pour arriver à concevoir les conditions de vie de mes grands-parents. Grand-mère, aînée d’une famille de 12 enfants, a travaillé très jeune dans les champs. Grand-père, d’une famille de 5 enfants est descendu très jeune au fond de la mine.

         Leurs jeunesses n’ont pas été « chouchoutées  », on ne se plaignait pas, on ne parlait pas. Ils y avaient surtout une  pudeur extrême dans leurs sentiments. Ils m’ont aimée à leur façon, sans montrer d’effusions. Leur exemple m’a toujours marquée.

         J’ai écris ce texte pour honorer mes grands-parents et rendre hommage à leur vie de labeur. Quelle  comparaison avec notre vie actuelle où nous avons tendance à nous plaindre souvent et à ne jamais être satisfaits.

 

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 13 h 38 min

    Le texte de Nicole a été collecté lors d’un premier projet avec le foyer logement du Ronquet à Sorgues (84700) en 2012.

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