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Patrick
 | | Né le 18 janvier 1962 à Bruxelles (Belgique) |
| | Je me présente, je m’appelle Patrick, je suis né à Bruxelles, en Belgique, le 18 Janvier 1962. J’ai eu de très dures épreuves, très rudes, avec des problèmes familiaux dont je ne peux pas tout dire. Par rapport à cela j’ai quitté mon boulot, ma femme, ma fille, la villa que j’avais, j’ai tout laissé tomber. J’en ai eu marre de la Belgique, et j’ai décidé de m’en aller. Ça s’est passé fin 1995, et je suis arrivé en France au mois d’avril 1996. A ce moment, tout allait bien, même très bien. Mais je me suis laissé aller, ça a été l’alcool, et un peu la drogue. La drogue j’ai vite arrêté, j’en avais marre, mais l’alcool, ca a continué, jusqu’à exagérer. Puis j’ai décidé de voyager à travers la France, en commençant par Béziers, Montpellier, Narbonne, Carcassonne, et c’est en arrivant d’abord au Grau d’Agde, puis au Cap d’Agde, que j’ai découvert la ville d’Agde où j’ai connu quelques personnes de la rue bien sûr, très serviables, qui m’ont reçu adorablement, et qui m’ont accepté. |
Le plus dur pour moi, ça a été les trois premières années, jusqu’en 1999. Subir les conséquences de la rue, ce n’est pas évident. Heureusement, certains m’ont appris à vaincre la rue, en particulier deux Allemands qui m’ont dit : « Ecoute Patrick, pour survivre dans la rue, il y a un parcours du combattant. Ça commence par ça : résister à la vie de la rue. Que ce soit l’hiver ou l’été, tu dois toujours savoir te démerder ». Durant les trois premières années, cela n’a pas été évident. Essayer de vaincre, de surmonter cela : il fallait que j’apprenne. A partir de fin 1999, début 2000, c’est allé mieux. J’ai commencé à m’en sortir à peu près, j’ai fait des connaissances. Avec Jean-Michel, Philippe et Yves, nous étions quatre. Nous avons fait un bon bout de chemin ensemble, nous nous sommes installés sur Agde et nous n’avons plus bougé. Enfin, je me comprends : on allait dans les petits villages des alentours - Marseillan, des fois jusqu’à Frontignan - mais nous revenions toujours sur Agde. |
« Tu pars ? Va-t-en et ne reviens jamais plus ! » |
A l’heure actuelle je veux vraiment m’en sortir, je ne veux plus retourner dans la rue, plus envie du tout. Au bout de treize années, je commence à comprendre qu’il faudrait que je me mette ça dans ma petite cervelle. C’est vrai qu’elle n’est pas énorme, je ne suis pas malin, je ne suis pas intelligent, mais je ne suis pas con non plus. Quand j’ai su ce qu’était la vie de la rue, j’ai vu des nouveaux arriver, c’est moi qui ai dû leur expliquer ce que c’était. Bien souvent ils étaient plus jeunes que moi, et je leur expliquai qu’il fallait prendre sa tente, qu’elle soit de toile ou en carton. Ton petit chez-toi, tu peux toujours te le fabriquer pour y vivre tranquille. Ça dépend d’avec qui tu te trouves. Eviter la bagarre, la misère, parce que la misère tu la subis souvent, la drogue, l’alcool. Celui qui me dit qu’il n’a jamais bu ou jamais touché à la drogue dans la rue, je ne le crois pas. Je ne posais pas de questions, je voulais juste leur apprendre la rue. C’est vrai que quitter la Belgique, ça a été mon choix, personne ne m’a obligé, c’est moi qui suis parti. Des fois, quand j’entends certains dire qu’ils en ont marre de leur travail, de leur femme, qu’ils vont tout laisser tomber, je dis : « - D’accord, c’est facile à dire ; moi, c’est ce que j’ai fait, mais je l’ai regretté. Je m’en suis voulu. C’est vrai que j’avais des problèmes avec ma femme, avec mes parents et toute ma famille, et j’ai décidé de tout quitter et partir. « - Tu pars, eh bien va t’en, mais ne reviens jamais ! » m’a dit ma femme J’ai pris mon sac et je suis parti. » |
Puis j’ai eu un très grave accident en 2002 sur Agde. Je me souviens, je faisais la manche à la Poste. Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai vu une personne en danger, elle se faisait agresser le long de l’Hérault et personne ne faisait rien. Moi de la Poste j’ai tout vu, j’ai quitté la manche et j’ai traversé la rue sur le passage clouté. Directement, sans regarder. Une voiture est arrivée et elle m’a percuté. J’ai eu les deux jambes broyées. Mais tout s’est bien passé par la suite, la personne qui conduisait est venue me voir, elle a fait des démarches pour moi, je n’avais pas de revenus à ce moment-là, je suis resté six mois à l’hôpital à Béziers et quand je suis sorti j’ai pu remarcher normalement. |
En 2004, rebelote, mais là c’était plus grave et en plus, je le reconnais, c’était de ma faute, à cause de l’alcool. J’étais bourré de chez bourré, et je ne sais pas ce que j’ai fait, j’ai traversé la rue, je sais que c’était pour aller aux toilettes publiques, j’ai voulu prendre par le plus court au lieu de passer par le passage piétons, et j’ai traversé sans regarder. Et là je me suis de nouveau fait percuter, mais ce fut plus grave que la première fois. Tout a pris. La tête un peu, mais ça va quand même, heureusement. Les jambes en ont encore pris un coup, j’ai eu le bassin défoncé, le thorax. Ça a été plus long bien sûr, je suis resté à l’hôpital Lapeyronie de Montpellier jusqu’en 2006. 14 mois à Lapeyronie, et le reste à Béziers. Dans un fauteuil roulant, bien sûr. Au bout de neuf mois j’en avais marre du fauteuil roulant, on m’a donné une tribune, enfin, un déambulateur. Maintenant cela fait plus de deux ans que j’ai les béquilles, et c’est grâce à elles que j’ai pu remarcher presque normalement. | |
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Ça m’a plus motivé les béquilles que le déambulateur. En voulant faire l’effort, en ayant le courage de faire l’effort, les autres qu’ils aillent se faire ….. C’était à moi de le décider, je n’ai eu besoin de personne. Je me suis relevé tout seul, et j’ai voulu remarcher, et j’espère que je remarcherai un jour. Je trouverai la force et le courage de le faire. |
Pas facile de se suicider |
Je sais ce que c’est de se laisser aller : j’ai perdu des copains qui se sont laissés aller, des types qui en avaient eu marre. Qu’est ce qu’ils ont fait ? Le suicide. Moi, je ne serais pas allé jusque là car il faut du courage pour cela. Pourtant, plusieurs fois, j’ai dit que j’en avais marre de vivre, mais jamais je ne suis allé au bout. Je disais que j’allais sauter, que j’attendrais que le train passe ; dès qu’il passerait, je sauterais … mais tu parles ! Un flingue c’est pas trop mon domaine ; on m’en a donné un, mais je n’ai pas tiré, bien sûr. J’ai sauté une fois dans le canal du Midi, mais je savais nager, et en arrivant dans la flotte je me suis dit : « - Qu’est ce que tu fous là, espèce de con, ce n’est pas la peine !», et je suis revenu. C’est là que je me suis mis à boire encore plus, pour essayer d’oublier la misère, la galère, et tout. Mais c’était pire. J’ai préféré me laisser aller tout doucement, avec la souffrance. C’est vrai que j’ai failli y passer deux fois, mais à cause de la maladie, de l’alcool, ce n’était pas une solution non plus. Je buvais du pinard rouge, rosé ou blanc, du whisky, du cognac, du Ricard, tout, tout, tout. Jusqu’au jour où je suis tombé, et j’ai failli ne plus me relever. Là, de nouveau, direction Lapeyronie, mais grâce à un coup de chance, j’ai pu m’en sortir. Alors on m’a demandé ce que je comptais faire, mais je ne savais plus, ni qui j’étais, ni ce que je devais faire, ni rien. C’était le trou noir. A cause de l’alcool, bien sûr : je le reconnais. |
| | Ça m’arrive encore de boire mon verre, mais beaucoup moins qu’avant. Un demi, un Ricard c’est très rare, mais ca m’arrive. Je prends un demi, mais après je prends un coca, et basta. J’avais fait la connaissance d’une fille, Maryline, mais elle se droguait ; moi je buvais, et je ne pouvais pas l’empêcher de se droguer. On essayait bien de s’arranger, de s’en sortir chacun de son côté, mais ça n’a pas marché. Elle me disait d’arrêter de boire, je lui disais d’arrêter ses saloperies, c’était chacun sa drogue. C’était une fille que j’adorais ; elle était magnifique, une vraie poupée. Elle me disait qu’on n’était pas fait pour vivre ensemble, mais je ne lui demandais pas de vivre ensemble, juste de l’amitié, de la tendresse, et d’abord apprendre à mieux se connaitre. |
Quand j’étais avec elle, elle disait toujours qu’elle en avait marre de la vie, vraiment. Et cela a duré quatre mois, à m’en parler tout le temps. Jusqu’au jour où elle m’a dit : « - Si un camion passe, je me jette dessous !», mais à force de me parler de ça, moi j’en avais marre, et je lui disais : « -Tiens, voilà un camion, jette-toi dessous !». Le lendemain, on allait rejoindre mes amis Jean Michel, Philippe et Yves qui nous attendaient au squat, et en cours de route elle disait : « - Le premier camion qui passe, je me jette dessous !», mais moi à force d’entendre toujours la même chose, je ne faisais plus attention. Il était 8h30 du matin. Arrive un camion, et la voilà qui s’élance … Un choc … Tuée sur le coup. Je n’arrivais plus à bouger ni parler. Le chauffeur est sorti de sa cabine, il s’est appuyé sur le camion, il n’arrivait plus à bouger non plus, le pauvre. J’ai été accusé de l’avoir poussée, de l’avoir droguée, mais je n’y étais pour rien. Qu’est ce que je pouvais faire ? Rien du tout. J’ai eu droit à la P.J., à la B.A.C., à la gendarmerie. Moi j’avais besoin d’amitié, c’est tout. Si elle voulait se droguer, je préférais qu’elle reste dans son coin, et moi dans le mien pour me bourrer la gueule. Mais penser qu’elle ferait cela, je ne l’aurais jamais cru. Elle l’a fait, et devant mes yeux en plus. Je ne pouvais rien faire. Dans un sens, je suis content pour elle car elle n’a pas souffert, mais moi j’ai souffert. Beaucoup. Je m’en voulais. |
J’ai vécu des choses terribles dans la rue. Des potes, j’en ai perdu beaucoup. Il y en a un, tellement il buvait, il faisait du delirium tremens, et c’est très dangereux. Un jour, il voyait des personnes que je ne voyais pas, je pensais qu’il était fou, je ne savais pas ce que c’était, le delirium tremens, il devenait agressif, et d’un coup il se met à traverser la rue, et il s’est pris un 4x4. Le gars, bien sûr, il ne roulait pas doucement. Mon pote n’a pas eu le temps de souffrir, il a été tué sur le coup. Puis il y a eu Thierry, un gars super, vraiment, et il c’est pendu dans son squat. Et il y en a eu d’autres, et tout cela sur Agde. Quand tu n’as pas de famille on t’enterre dans la fosse commune. J’ai eu souvent envie de les rejoindre, mais je ne l’ai pas fait, il faut du courage pour le faire. |
J’ai ralenti de boire petit à petit. Après avoir fait un coma éthylique, j’ai dit : « - C’est fini, je ne bois plus ! » Je suis resté trois semaines à l’hôpital, et je me suis tenu à carreau pendant deux semaines sans boire, dégoûté. J’avais déjà eu mon deuxième accident. Puis j’ai été trop tenté, j’ai commencé par une bière, puis deux, puis trois, ensuite je suis revenu sur le pinard, le whisky, et ca a recommencé. Puis deux ou trois mois après, deuxièmes crise. Là, je me suis dit : « -Il ne faut plus que je fasse de mélange ! » Je buvais bien sûr, mais je n’ai plus touché aux alcools forts, je suis resté sur le rouge. Rien que le rouge. Ensuite j’ai recommencé à vomir mes boyaux, je vomissais du sang, mon foie a failli y passer, mais il est toujours là. J’en ai fait des cures et des postcures, mais rien à faire : toujours sur le rouge. | |  |
Je sortais de cure, je retournais à la rue, et je rencontrais toujours quelqu’un qui me disait : « - Juste un petit, Patrick ! », et ça recommencé. Mais j’en avais vraiment marre, je voulais vraiment m’en sortir. Puis j’ai fait une cure plus sévère, où nous ne sortions jamais seuls. A la fin, ils m’ont laissé sortir seul - enfin, seul mais surveillé ! J’arrive près du bar (« L’Escale »), je me suis arrêté, puis j’ai dit non. Heureusement, j’ai bien fait : si j’étais entré dans ce bar, ce n’aurait sûrement pas été pour boire un coca ou un jus de fruit ! J’ai été tenté, mais je ne l’ai pas fait. Un peu plus loin, il y avait la petite épicerie ; j’y suis rentré, j’ai pris une canette de bière et je l’ai bue cul sec. Une seule : j’étais content. Je suis rentré au foyer, tranquille. Je n’en avais bu qu’une, cela me suffisait. Au foyer je leur ai dit que, malgré leur surveillance, j’avais bu une bière et qu’ils ne l’avaient pas vu. Puis, petit à petit, j’ai été moins surveillé, et moi je me suis mis à boire des jus d’ananas. Parfois j’avais envie de boire une bière, mais je tenais bon. J’étais dégoûté, je ne voulais plus boire. Enfin, plus boire c’est mentir, mais je me suis calmé de moi-même, tout doucement. |
J’avais entendu parler de Lamalou-les-Bains et en particulier du centre hospitalier Paul Coste-Floret. Je savais c’était un centre de rééducation mais pas plus. J’en ai parlé au docteur de Béziers, il m’a dit que ce serait bien pour mes jambes, et il m’a demandé si je voulais y aller. Moi j’ai dit oui, bien sûr. Ça a été dur mais la demande a été faite et voilà. Ça m’a vraiment fait du bien, pour mes jambes et tout le reste aussi. J’ai des kinés vraiment super, Pascal et Magali, sévères mais vraiment bien. Ils m’ont souvent forcé, mais ils étaient obligés, et ils ont eu raison. Au bout d’à peine deux semaines j’ai vu des résultats, mais ils m’en ont fait baver. Quand je suis rentré, j’avais les béquilles, mais je marchais tout tordu. J’ai toujours les béquilles, mais je marche beaucoup, beaucoup mieux. |
Maintenant, j’aimerais bien avoir un petit chez moi. Et surtout éviter l’alcool. Ne plus me bourrer la gueule comme avant. J’ai envie de me retrouver seul, d’avoir mon logement, de m’en sortir. Ne plus retourner sur Agde. J’ai envie de rester sur Lamalou, de m’en sortir et, si possible, avoir la chance peut-être de rencontrer quelqu’un. Une personne qui ne boit pas. L’âme sœur quoi ! Refaire une autre vie. Nous sommes en train de voir cela avec l’assistante sociale de Coste-Floret. Mais j’ai vraiment envie de m’en sortir. |
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| Auteur |
Conversation |
| demian |
Posté le: 6/5/2010 13:38 Mis à jour: 6/5/2010 13:38 |
Webmestre   Inscrit le: 23/12/2008 De: Envois: 159 |
 _RE Patrick Ce texte vient d’une rencontre faite à Lamalou les bains (34240). J’ai collecté Patrick, mais je n’ai depuis plus aucune nouvelle. Nous espérons tous que tout s’arrange pour lui.
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 | | Né le 24 novembre 1989 à Carpentras (84) |
Article au hasard !  | | Née le 4 mars 1932 à Collias (30) |
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