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Paulette
Publié par Mjulianie le 28/10/2009 (219 lus)
Paulette 
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Née le 26 mars 1935 à Avignon                          



A ma naissance, mes parents ont habité rue Ferruce jusqu’à mes 2 ans, puis nous nous sommes installés rue de la Balance.

 

 

 

 Une santé difficile

 

 

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Petite, mes parents se sont fait beaucoup de soucis pour moi. J'ai eu une bronchopneumonie, une congestion pulmonaire, et cela m'a laissé des séquelles aux poumons. Je partais assez souvent au préventorium, ou bien j'étais à l'hôpital. Bref je n'arrivais jamais à faire une rentrée scolaire. Par exemple, quand j'étais gamine, on m’a envoyée à Sète - je ne me souviens pas trop, j'étais au bord de la mer, c'étaient des sœurs.

 

Après, j'ai fait des stages à l'hôpital, puis on m'a emmenée au dispensaire, ensuite dans un préventorium à Ucel prés d’Aubenas où je suis restée six ou sept mois. C'était pendant la guerre. Après, j'ai été à Saint-Lambert ; là, j'y ai passé neuf mois. Peu après mon retour, j'ai dû à nouveau faire un séjour à l'hôpital. 

Les infirmières, elles perdaient la boule, elles ne savaient pas quoi faire pour moi, je ne prenais aucun kilo, je ne faisais que vomir, je ne supportais rien. Je me souviens de l'une d’elles, très grande, qui devait avoir les cheveux vraiment très longs car sa coiffure avait des tresses enroulées sur la tête. Elle me disait : « Mais où tu vas aller comme ça ? », et comme à Ucel je m’étais trouvée très bien, je lui ai dit : « Ah ben, moi, à Ucel, j'aimerais bien y retourner !» Et j'y suis restée 18 mois. Ainsi, de ma petite jeunesse avec mes parents, je n'ai pas beaucoup de souvenirs : je n'étais jamais chez moi !

 

 

 

 

Crèche, garderie, maternelle

 

 

 

Je suis allée à la crèche de Saint-Vincent-de-Paul. Le bâtiment était composé de deux cours : à la deuxième, tout à fait au fond, on tournait à gauche puis il fallait monter au premier étage. Il y avait une grande pièce ou les mamans laissaient les repas et les rechanges ; je me souviens d’une grande porte percée d’une petite porte et nous passions par cette petite porte. C’était vraiment organisé. Mon frère était encore tout emmailloté. On y allait tous les deux car maman travaillait, elle allait faire des ménages, il fallait des sous.

 

Même toute petite, je me souviens de l’école maternelle - c’était peut-être une garderie - dans le quartier de la Balance. On entrait par un grand portail. C’étaient des demoiselles qui tenaient cela. Le portail s’ouvrait et à l’intérieur, il y avait comme une grande cour avec des pavés, sans doute pour rentrer les calèches, et tout autour des platanes et des balcons. Il y avait là un piano, et une des premières choses qu’elles faisaient était de jouer un morceau au piano. Alors on chantait, et après on allait dans nos classes. Je devais avoir trois ans.

 

 

 

 

Quand j’étais ado 

 

 

 

 

À l'adolescence, j'étais une meneuse. Quand j'étais au préventorium on faisait plein de bêtises, comme tous les gamins. Souvent on allait d'un lit à l'autre et on se racontait ce qu'on ferait plus tard. On avait une monitrice jeune, très jeune (c'est pour ça qu'elle n'avait pas d'emprise sur nous !) ; un soir, entendant trop de bruit, elle arrive dans le dortoir ; aussitôt je me glisse sous le lit d’à côté pour rejoindre le mien juste après et elle nous crie : « Qu'est-ce que c'est que cela ? Qui a parlé ? » Personne n’osait rien dire. Moi j’ai répondu quelque chose, je ne sais plus quoi, et elle a voulu des excuses. Le lendemain matin, elle attendait toujours les excuses et moi je lui dis : « Je vous en fais pas !» Le plus fort, c'est que toute la section moyenne faisait bloc avec moi. Alors elle a dit : « Puisque c'est comme ça, je vais à la chapelle sans vous ! » Et nous voilà dans le dortoir à faire des tas de projets entre nous comme : « Ben, puisqu'elle ne veut pas, on couchera dans les prés ! » Et puis finalement l'appel est arrivé pour le déjeuner et elle est revenue en disant : « J'attends toujours les excuses !». Pendant ce temps, je voyais les autres qui avaient faim ; au bout d'au moins une heure et demie, j’ai craqué : j'ai fini par les faire, ces excuses. Que voulez-vous, j'étais toujours en train de faire le guignol !

 

 

 

 

La Balance : Panico le mercier, Guindon l’épicier 

 

 

 

On est allé au patronage, dirigé par le curé avec qui on allait au catéchisme. C’est lui qui a créé le mas de Carle à Pujaut. Il était assez renommé, surtout par les gitans et par tout le quartier de la Balance. Les jeunes démunis, il ne leur demandait rien et il les emmenait en vacances. C'était un homme vraiment très bon et, en plus, charmant. Même que petites, nous étions toutes amoureuses de lui ! 

 

J'aime ce quartier de la Balance, je l'ai toujours aimé. Pourtant j'y venais par épisodes, étant d'une santé fragile, souvent obligée d’aller au préventorium. Mais quand j’y revenais, ça me faisait toujours quelque chose ; je me retrouvais chez moi. Dans ce quartier, il y avait vraiment des gens que j'appréciais beaucoup. Les gitans étaient très respectueux des gens de « la Balance », et je les aimais beaucoup. Il y a des figures qui me sont restées, comme Panico.

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Il tenait une mercerie, mais en même temps il vendait des cahiers, tout ce qui pouvait dépanner. Les feuilles bleues avec lesquelles nous recouvrions nos livres, c'est lui qui les fournissait. En ce temps-là on nous faisait tout à crédit. Ma mère ne savait ni lire ni écrire, mais, pour compter, elle était forte.

Il y avait aussi Guindon, c'était un épicier qui faisait le marché avec son charreton. Il allait avec jusqu'au marché-gare. Il fallait voir ce bonhomme - petit, trapu mais costaud. Avec ses grosses moustaches grises, il avait un beau visage. Lui et sa femme formaient un couple merveilleux. Si j'avais eu un grand-père et une grand-mère, j'aurais aimé que ce soit eux, tellement ils étaient beaux. Ils nous faisaient souvent crédit. En fin de semaine ou aux fins de mois, ma mère tenait ses comptes, lui tenait ses comptes ; il mettait tout à jour et on réglait les dettes. C'est souvent que l'on allait chercher 50 g de coulis de tomates, un demi-litre d'huile. Tout était au détail, le sel, tout. Souvent, quand j'allais chercher le coulis de tomates, il n'en restait pas beaucoup arrivé à la maison : je le mangeais par gourmandise !
 

 

 

 

 

De Di Donna à Jean Vilar

 

 

 

 

Après Guindon il y avait la rue Vieille-Poste, où habitait notre facteur. Je le revois portant sa caisse devant. Il avait toujours un mot pour chacun, il était connu comme le loup blanc. Plus loin il y avait Di Donna, le marchand de glace. On le regardait faire sa glace qu'il allait vendre sur la place de l'Horloge. L'hiver, c'étaient les châtaignes. On allait au Vox (le cinéma) ou au théâtre, où l'on resquillait souvent, l'hiver avec notre cornet de châtaignes et l'été, quand on le pouvait, avec un cornet de glace. Ce bonhomme, au moment des Rameaux, vendait des rameaux en fruits confits (cela se faisait beaucoup à cette époque-là) à côté de la statue de Mistral, dans la rue de la République, là où il y avait Rullière et Bouchara. Les femmes sortaient leurs tenues d'été pour les Rameaux. Je badais ces rameaux de fruits confits, ils me faisaient envie.

 

Quand vous entriez dans le quartier de la Balance il y avait un restaurant : on y a mangé du chat ! De l'autre côté il y avait une grande épicerie et plus loin le Jean-Bart : c'était un bar où allaient les artistes du TNP (théâtre national populaire). On y voyait Jean Vilar ou Gérard Philipe. Mon père, qui était tailleur de pierres, travaillait au palais des Papes ; souvent il voyait les répétitions. J'allais voir de temps en temps, mais je ne rentrais pas, je l’attendais à l’extérieur.
 

 

 

Le « planet » de la Balance 

 

 

 

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Les Bambouchotes, c'était une grande maison plutôt renommée au 14 rue Ferruce, où vivaient des familles assez nombreuses. Il y avait aussi de grandes maisons bourgeoises, même plutôt du clergé, avec de grands escaliers, des hôtels particuliers, vraiment de belles maisons.

 

Mais  tout ça a été démoli par les gitans. Pour faire du feu, ils coupaient les poutres, les toitures s'effondraient. Et tout un tas de trucs. C'est pour ça qu'ils n'ont jamais été bien acceptés. C’étaient des gens du voyage, pas des sédentaires. Pour eux, tout faisait bois. Mais on les aimait quand même pour ce qu'ils étaient. 

Avant, en bas de chez moi, au 32, il y avait un grand « planet », où, pendant la guerre, ils avaient fait des tranchées pour des abris. Après, ils l'avaient rebouché. Au fond de ce planet, il y avait une murette. Et quand l'on entendait des cris ou quelque chose, vite on allait sur cette murette en courant pour voir en contrebas dans la rue des Grottes. Il y avait de ces bagarres, entre femmes plus souvent qu’entre hommes ! C'était vraiment typique. L’été, pendant le festival, c'était le défilé. Les gens descendaient pour aller au pont Saint-Bénezet.

 

Il y avait des pompes que l'on tournait pour faire la lessive. Nous, on ne connaissait pas la mer, on ne connaissait rien. L'été, ils ouvraient l'eau dans les rigoles, et nous, nous étions pieds nus à marcher dans l’eau. C'était notre plage. Quoiqu'il y en ait eu une de plage à Avignon, à l'île Piot.

 

Au fond de la Balance, il y avait la rue Pente-Rapide. C'est la dernière rue, pour monter au Petit Palais. Il y avait des escaliers et une rambarde au milieu. On s'amusait à descendre sur la rambarde : le rocher des Doms, le palais des Papes, c'était notre jardin ! Dans cette grande maison bourgeoise où maintenant il y a les marchands de souvenirs, il y avait le café de ce fameux Pierrot, qui s'est fait assassiner. Tous les soirs, mon père allait y faire son rami ou sa belote. Les gens de cette époque-là étaient très attachants, ils étaient plus près de vous en cas de malheur, c'étaient vraiment de braves gens. Tous les soirs, les parents descendaient leur chaise et nous, on jouait à la balle ou à la marelle. On prenait le frais l'été, c'était vraiment bien.

 

Au 30, à côté de la boulangerie, il y avait Mme Pomaret. Un de ses enfants qui était à peu près de mon âge jouait du violon. Je crois qu'après il a joué au théâtre. C'est des gens que l'on a perdus de vue. Quand on a tout déménagé, on les a revus à Monclar. Mais après, quand je suis partie de Monclar, je n'ai plus revu personne. De temps en temps on se rencontre à Auchan.
 

 

 

 

Les enfants du Rhône

 

 

 

 

A la Balance, il y avait aussi Cochon. Sa mère s'appelait Titette. C'étaient des gens très bien, des gitans, mais qui ne s'associaient pas avec les autres. Cochon, c'était le dernier des petits. On appelait sa sœur Canard, elle était pourtant d’une rare beauté. Il y avait aussi Louise, et d'autres petits. On s'est retrouvé à Monclar aussi. Le papa avait été amputé d'une jambe. C'étaient vraiment des gens très gentils, mais très effacés par rapport aux autres qui étaient plutôt du genre exubérants. Rue de la Balance, rue Ferruce, rue du Pont, rue de la Grande-Fusterie, tout le monde se connaissait, c'était un peu un îlot.

Il s'était créé « Les enfants du Rhône ». C'était une bande, le plus souvent des jeunes du quartier (mon frère en faisait partie), qui participait aux joutes et aux concours de plongeons depuis le pont Saint- Bénézet. C'est terminé ça, mais c'est dommage, c'était bien et ça attirait du monde.

Mon père était pêcheur. Tout le monde le connaissait. Il avait un chien, un loulou de Poméranie, qu’on appelait Péquélé. Ce chien partait à la pêche avec mon père. Sur son vélomoteur, à l'arrière, mon père avait une caisse en osier où il mettait tout son attirail, et le chien se mettait dans cette caisse, collé contre son dos. Quand il partait, les gens entendaient le chien aboyer, et ils disaient :      « Tiens, Péquélé s'en va à la pêche ! »

 

 

 

Le temps des fêtes

 

 

 

 

C’était le temps des fêtes votives dans les quartiers comme à Saint-Lazare où, le samedi soir, ça finissait souvent en bagarre, ou encore à la place Pie, ou à la caserne (devenue depuis la cité administrative), une grande fête dans une belle cour. Le  long des remparts et jusqu’à la place de l’Horloge, il y avait la foire Saint-André, qui était d’abord une foire aux bestiaux ; mon oncle, qui était paysan, y avait acheté Guenille, un cheval de labour et plus tard, son tracteur. Enfin, sur la place du palais des Papes, il y avait la grande fête foraine avec les chevaux de bois et les fameux « tape-cul » : c’était des sièges accrochés à des chaînes, et ça tournait, et ça tournait !… 

 

Le 8 décembre avait lieu le concours de vitrines. On y voyait des choses merveilleuses, surtout en passant devant les traiteurs. Il y avait aussi Cabassu, le marchand de poissons, qui faisait de belles vitrines. Toute la rue de la République, avec notamment Les Dames de France, était vraiment magnifique.

 

Apres le pont Saint-Bénézet il y avait un petit planet avec une pissotière et ensuite une maison où habitaient des amis, quai de la Ligne. La dame, qui avait deux filles, était une amie de ma mère. Elle m’apprenait à tricoter. J’étais gamine, je devais avoir 7 ans. Et chaque fois que je passais, les enfants de la rue du Pont ou de la rue Ferruce me disaient : « Oh, le fil de fer !», et tout.
  

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Aventure au rocher des Doms

 

 

 

 

Un soir, c’était assez tard, en revenant, je vois des jeunes. Je fais demi-tour, je longe le quai de la Ligne jusqu’aux escaliers qui montent au rocher des Doms, je monte, je traverse, il n’y avait plus personne, j’étais seule au rocher des Doms. Je prends vers le calvaire, mais la grosse grille était fermée. Je repars dans l’autre sens : c’était également fermé. J’étais enfermée dans le parc du rocher des Doms ! J’étais maigre, et en bas de la grille il y avait un petit espace. Je me dis : « Si tu passes la tête, tu passes le reste ! ». Je passe la tête, mais j’avais beau être maigre, j’avais quand même un peu de popotin, et voilà que le reste ne voulait pas passer ! Je me dis : « Ma mère, qu’est-ce qu’elle va dire quand elle ne me verra pas arriver …». C’était l’été, mais il était tard, la nuit commençait à tomber. Alors un jeune homme passe. Quand il m’a vue comme ça, il m’a tirée et je suis partie en courant, sans lui dire merci, rien ! Toute ma vie j’ai regretté de ne pas lui avoir dit merci. Sans lui je passais la nuit coincée au rocher des Doms.

 

 

S’amuser à la Balance

 

 

 

 

Les garçons jouaient souvent avec des planches sur lesquelles ils adaptaient un système pour guider et des roulements à billes. Un jour, j’ai demandé à l’un d’eux de me prêter sa planche, ce qu’il accepte en me disant de faire attention. Et me voilà assise là-dessus en essayant de me guider, mais derrière la Banque de France ça descend vraiment. Et là je me suis pris un de ces gadins … j’avais les genoux tout écorchés !

 

Sur la place du palais des Papes, il y avait beaucoup de photographes anciens, avec les vieux appareils. Ils prenaient des gens en photos, surtout le samedi ou le dimanche. Il y avait aussi des ânes pour promener les enfants en petite charrette, ou bien sur le dos de l’âne.

 

Souvent, quand on rencontre des gens de la Balance, on se rappelle tout cela. Par exemple lors de repas ensemble (on en a fait deux ou trois), on amenait des photos, c’est des souvenirs impérissables. Pourtant mon enfance, je ne l’ai pas trop passée chez moi, étant souvent en préventorium, mais chaque fois que je rentrais c’était le bonheur.

 

 

La guerre en lisant

 

 

 

 

Je me rappelle, pendant la guerre, on écoutait « Les Français parlent aux Français ! ». Un peu plus tard en suivant les feuilletons à la radio, on aurait dit qu'on faisait des voyages. Avec mon père on adorait ça. Dans une rue, il y avait un magasin de livres d'occasion qu’on pouvait louer. On donnait par exemple 10 Fr., on prenait le nombre de livres qu'on voulait, et quand on les ramenait, il nous rendait quelque chose, puis nous on rajoutait et on prenait d'autres livres. Mon père et moi on aimait bien lire, on aimait le théâtre, et ma mère comme elle savait ni lire ni écrire, quand elle faisait sa vaisselle, mon père et moi on lui lisait un chapitre à tour de rôle. Moi j’allais toujours chercher des gros livres. C'est des choses inoubliables. Elle ne pouvait pas lire alors nous on lui racontait, et elle suivait bien.

 

 

Le temps des amours 

 

 

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Mon futur mari, c'était un copain à mon frère. On l'appelait Nanan. On sortait, on allait au cinéma, et un jour ça a accroché, comme ça. Un jour il est venu faire sa demande en mariage ; au départ, c’était pour déconner, mais finalement c'est devenu une vraie demande en mariage ! C'était un garçon que je voyais souvent parce qu'il était pâtissier, apprenti pâtissier, chez Rousse à la Balance. Je le voyais toujours monter la rue et je me disais : « Mon Dieu, qu'est-ce qu'il est bizarre ce garçon ! » : à 14 ans, il était déjà charpenté comme un homme avec le visage d'un gamin. Moi, comme j'étais plus vieille que lui de deux ans, je ne faisais pas attention à lui. Je me suis mariée, je n'étais pas toute jeune, j'avais 26 ans et demi. Pour l'époque ça faisait vieux. Je disais toujours : « Moi, je ne veux pas me marier, je veux un enfant mais pas me marier ! ». Puis il est rentré d'Algérie, il sortait avec mon frère, il faisait toutes les fêtes votives des villages, et c'est comme ça que ça a débuté.

 

 

 

Un mariage explosif

 

 

 

 

Pour mon mariage, le 21 octobre 1961, on a fait le repas chez moi. Ma mère descendait des poulets pour aller les faire rôtir chez le boulanger parce qu'il faisait trop chaud dans la cuisine : quand on allumait le poêle à charbon, c'était une vraie bonbonnière ! Aussi, quand on avait à faire cuire quelque chose, par exemple les tomates farcies ou encore les coings que l'on entourait de pâte à pain, on allait chez le boulanger. Donc ma mère avait préparé le repas ; on se marie, et les invités viennent. Au mois d'août on était allé en Espagne voir les tantes de mon mari et on avait acheté des pétards, parce que là-bas ils sont énormes. Donc, le jour du mariage, ils ont mis des pétards en bas de la montée d'escalier, tout contre une toute petite porte qui n'avait jamais été ouverte, on ne savait pas ce qu'il y avait derrière. Au beau milieu du repas, les pétards ont éclaté, faisant un bruit énorme et tellement de vibrations que toutes les toiles d'araignées ont bougé, la petite porte s'est ouverte et une des tantes a failli y passer : 
elle a eu un malaise tellement elle a eu peur. Deux jours après, le journal racontait : « Avant-hier dans le quartier de la Balance, une explosion a fait sursauter tous les riverains. Renseignements pris, ce n’était pas l'OAS, mais simplement des pétards à l’occasion d’un mariage ! »

 

 

 

Mes premiers emplois

 

 

 

 

Peu après, je suis entrée aux usines Galière dans la rue Bouffonnerie. On y faisait des vêtements d'hommes pour l'armée, la poste, l’EDF et pour le civil. Avec les couturières aux machines à coudre, celles qui repassaient, les tailleurs, c'était vraiment l'usine et on travaillait à la chaîne. On était payé à la pièce, alors il fallait en faire ! On était 1800 ou 2000 au début. Après ça s'est dégradé, l'État ne payait pas souvent. De là j'ai cherché ailleurs, je n'ai pas attendu que l'usine ferme, et j'ai atterri chez Vernet, rue Velouterie, une usine spécialisée dans la fabrication de la cire - cire dentaire, cire pour les empreintes des pièces d'avion, cire pour la beauté et même cire gaufrée pour les plaques de ruches pour les abeilles. On faisait des statuettes, du cirage, de l’encaustique. C'était une usine qui marchait bien ; dès qu'il y avait des commandes, il fallait les faire. Mais les patrons étaient vraiment super, toujours à l’avant-garde : par exemple, quand on avait 15 jours de congés, ils nous donnaient trois semaines. D'une gentillesse rare, ils étaient vraiment aimés. Pour eux, seule comptait la satisfaction du personnel.

 

Quand on est parti de la Balance pour habiter Monclar, la mairie nous a écrit et ils nous ont distribué des appartements ; les propriétaires ont vendu leur maison et on est allé directement emménager sur Monclar. Les appartements étaient tout neufs. Ils ont été construits entre 60 et 62. On n’était pas mal là-bas. J’y ai même retrouvé au-dessus de chez moi la voisine qui habitait aussi au-dessus de chez moi à la Balance !

 


  

 
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Texte collecté lors de notre partenariat avec "les Floralies" au Pontet


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Auteur Conversation
demian
Posté le: 6/5/2010 13:27  Mis à jour: 6/5/2010 13:27
Webmestre
Inscrit le: 23/12/2008
De:
Envois: 159
 _RE Paulette
Ce texte vient d’un partenariat entre Histoires et Souvenirs et l’association Les Floralies.
Merci à tous, et surtout aux participants, qui nous ont fait confiance.
J’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que nous en avons eu à les collecter.
En vedette !
 Jérémy
 jeremy 

 

 

 

 

 

Né le 24 novembre 1989 à Carpentras (84)                                     

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Jeanne 
 lucette_jeanne_r 

 

 

 

Née le 20 septembre 1951 à Rennes                          



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