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Sabrina
| | Née le 9 octobre 1974 à Saint-Denis (La Réunion) |
 | | Je suis arrivée en métropole en 1984. J’avais 10 ans. Nous sommes arrivés au Pontet, chez mon oncle. Il nous a hébergés pendant deux ans. Ensuite, ma mère a trouvé un appartement pour elle, mon frère et moi. (Mes parents sont séparés.) Puis elle a trouvé un travail comme femme de ménage. Elle s’est débrouillée pour nous élever, toute seule, et je trouve qu’elle nous a bien élevés. Je suis née à Saint-Denis de l’ile de la Réunion, mais j’ai grandi au Port. C’est une ville de la Réunion. J’ai vécu mon enfance là-bas. Je me souviens surtout de la famille, des repas. Ma famille maternelle était en France. Il n’y avait que ma famille paternelle au pays. Du côté maternel, nous ne connaissions personne. C’est en arrivant ici que j’ai rencontré mes cousines et mes cousins.
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Ma mère était femme de ménage à la poste, et mon père était docker, mais comme ils étaient séparés, on ne le voyait pas beaucoup. Puis le frère et la sœur à ma mère lui ont dit de venir en France, qu’elle était seule avec des enfants et qu’elle serait mieux près d’eux. C’est ainsi que l’on est venus. Mais ça ne s’est pas bien passé. On avait l’habitude du pays. On ne connaissait pas le froid, on était tout le temps en short et sans chaussures. Là, il fallait mettre les chaussures, les collants. On a mis du temps à s’habituer, au froid, aux gens. Pour moi, ça a été terrible. Je voulais repartir. J’ai fait une petite dépression, à dix ans. Je ne voulais plus manger, rien. Puis, ma mère m’a expliqué que l’on ne pouvait pas, que les billets coûtaient cher, que l’on avait tout laissé, qu’on n’avait plus de maison. J’ai été obligée de m’y faire. Puis, j’ai fait mes études, j’ai rencontré quelqu’un, avec qui je suis restée pendant 7 ans. Ensuite, nous nous sommes séparés, et j’ai rencontré mon mari. Lui devait rentrer chez lui, à Mayotte, et moi, je voulais repartir à la Réunion. J’avais 24 ans, lui 26. On a décidé de s’installer ensemble. On a eu une petite fille, et depuis on est ensemble. J’ai commencé à travailler comme auxiliaire de vie et depuis, on est bien et on espère aller encore plus haut, Avec du courage, on y arrivera.
A la Réunion, les fêtes ce n’était pas comme ici. C’était famille - famille. Il y avait les grands parents, les oncles, les tantes, les cousines et les cousins. Ici, ce n’est plus ça. Il n’y a pas de famille ici, on est tout seul. Par exemple, au pays, ma mère était seule parce que mes parents étaient déjà séparés. Mais si elle avait besoin de quelque chose, elle téléphonait, l’oncle arrivait, il emmenait tout. Ma mère travaillait, elle faisait la mère et le père à la fois. Mon frère aîné et moi, on n’a jamais fait de bêtises, on n’a jamais volé. J’ai jamais fait de conneries. Quand j’ai quitté ma mère, j’étais jeune fille. Il y en a, elles n’étaient plus jeunes filles.
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Les fêtes de fin d’année, il y avait toute la famille. Pour noël, on avait des letchis, on n’avait pas de jouet comme la Nintendo et autres. On avait à manger, c’était le plus important. Si on n’avait pas de jouets, ce n’était pas grave. Maintenant les enfants sont trop gâtés. Il y avait la musique, il y avait les cousins, les cousines. On parlait de tout et on s’amusait de rien. On dansait, on mangeait, ça durait toute la semaine. Ici, ce n’est que le jour de Noël et le jour de l’an. Nous, c’était la fête de Noël jusqu’au jour de l’an. On dansait tous les jours; il y avait le feu d’artifice, il y avait les pétards. Nous, on était contents quand on nous donnait quelques pétards ; on allait dehors et pa-pa-pa-pa-pa ! Mais ici non. Il n’y a pas tout cela. C’était familial, et même les étrangers étaient de la famille. Par exemple, si on rencontrait quelqu’un qui était seul, on lui disait de venir. On a été élevés comme cela. | |  |
Pendant mon enfance à la Réunion, on jouait au foot, au papa et à la maman, on jouait à cache-cache. On avait une roue de vélo, et l’on s’inventait des choses avec cette roue. On allait prendre des fruits chez les voisins, ils ne nous disaient rien. On était une petite bande de jeunes, c’était bien. On n’était pas riches ; on prenait des morceaux de bois avec lesquels on faisait tourner la roue. Chacun son tour. Dès que l’on faisait tomber la roue, c’était au suivant. On n’avait pas beaucoup de jouets, mais on s’amusait bien. Maintenant, avec leur Playstation, ils ne savent plus jouer. Je jouais au foot, au rugby, j’étais un garçon manqué. J’étais souvent avec les garçons, moins avec les filles. Je défendais mon frère. C’était lui l’aîné, mais je le défendais. Nous n’avions pas beaucoup d’argent : la semaine, on ne mangeait pas de viande ; on n’en mangeait que le dimanche, après la messe. On prenait des papayes et on en faisait des salades de fruits, avec un peu de piment. Et nous, les petits, on était contents. Pour quatre heures, on avait un morceau de pain. On mettait du sucre et l’on mangeait cela, comme ca. Ma mère nous donnait 1 franc et on achetait un morceau de pain avec du beurre, et cela suffisait. On n’achetait pas des bonbons. On ne connaissait pas tout ça. Mais c’était bien par rapport à maintenant. Ma fille, si à quatre heures elle n’a rien, je ne peux pas lui donner du pain avec du sucre. Nous, on voudrait rester ici jusqu'à notre retraite, puis rentrer, mourir chez nous. Acheter une maison là-bas pour notre retraite.
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Depuis l’âge de 10 ans jusqu’à aujourd’hui, à 33 ans, je ne connais plus la Réunion. Il y a beaucoup de choses qui ont changé. Maintenant, je préfère rester ici. Y aller en vacances, oui, mais y vivre, je ne pourrais pas. La vie y est dure. En France, je connais beaucoup de choses. Je ne me sens pas capable : je n’ai plus la mentalité de là-bas, j’ai la mentalité d’ici. On doit y partir en décembre 2010, pour voir la famille. Cela fait 23 ans que je n’y suis pas retournée. Pour voir mon père, ma grand-mère qui est encore vivante. Mais y vivre, non. Pour ma fille, elle ne pourrait pas vivre là-bas, elle ne le supporterait pas. Je ne pourrais pas lui offrir ce que je lui offre ici. Elle ne connait pas la pauvreté de là-bas. Pas manger de viande la semaine, on ne mangeait que des légumes. On mangeait mieux qu’ici, on était moins malade, on était bien, mais pas pour ma fille. C’est pour elle que l’on reste ici, sinon depuis longtemps je serais rentrée. Là- bas, on parle tous le créole ; elle le connait, mais elle ne pourrait pas le parler. Mon frère est parti. Il est revenu et il m’a dit qu’il ne pouvait pas. | | |
Tout a changé, les gens ne sont plus les mêmes. Même mon mari, qui est né à Mayotte et qui y a vécu 19 ans, ne pourrait pas rentrer chez lui. On va essayer d’aller voir ma famille en 2010, pour y rester un mois; et encore, je pense qu’un mois cela va être dur. On ne sait pas comment va réagir la famille. Peut-être qu’au début, ils vont être contents de nous voir, mais après, peut-être qu’ils vont dire « bon, maintenant ça suffit ». C’est ce qui nous fait un peu peur. Peut-être y aller pour 2, voire 3 semaines. Il faut qu’on y aille pour voir comment cela va se passer, et décider si l’on veut y retourner ou pas. Tant que je n’irai pas, je ne saurai pas. Et puis, j’ai ma mère ici. Je ne laisserai pas ma mère ici. Si je dois rentrer, il faut qu’elle rentre avec nous. Les parents c’est plus important que n’importe quoi, plus que l’argent, plus que tout. Si ma mère me disait qu’elle rentre, peut-être que je rentrerais pour m’occuper d’elle. Lors de mes études, j’ai eu mon CAP de cuisine. Je voulais continuer mais il me fallait une certaine somme pour partir dans un centre de formation, vers Montpellier. Alors, j’ai tout laissé tomber pour travailler, et j’ai fait auxiliaire de vie. C’est différent. Mon vrai métier, ce que j’aime, c’est la cuisine. Et puis j’ai souffert du racisme. Jusqu'à maintenant. Même dans le boulot. Je m’occupe de personnes âgées. Par exemple, on me présente, je commence à travailler, la mémé va téléphoner à sa fille et elle lui dit : « Tu t’imagines, c’est une noire qui s’occupe de moi ! ». Ca ne fait pas plaisir; tu n’as plus envie de travailler, mais tu le fais car tu en as besoin. Les jeunes, on peut leur répondre, mais les personnes âgées, vous ne pouvez pas leur répondre. On m’a élevée comme ça, je ne peux pas leur manquer de respect. Même si elles ont tort, je ne vais rien leur dire. M’énerver avec une personne âgée je ne pourrais pas, il y a le respect.
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| Auteur |
Conversation |
| demian |
Posté le: 6/5/2010 13:26 Mis à jour: 6/5/2010 13:26 |
Webmestre   Inscrit le: 23/12/2008 De: Envois: 159 |
 _RE Sabrina Sabrina est une personne populaire dans le milieu réunionnais d’Avignon. Elle est également une grande cuisinière, spécialiste de la cuisine réunionnaise.
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 | | Né le 24 novembre 1989 à Carpentras (84) |
Article au hasard !  | | Né le 21 janvier 1966 à Tanger (Maroc) |
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