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Marcel
Publié par Mjulianie le 10/10/2009 (191 lus)
 Marcel
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 Né le 13 février 1931 à Avignon                                   



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Je suis né le vendredi 13 février 1931 à Avignon, boulevard Saint Ruf. J’ai 78 ans. Mon enfance, elle est dramatique. A l’âge de six ans, j’ai perdu mon père dans un accident de travail, à l’Isle sur Sorgues, le 7 juillet 1937. Il était ouvrier charpentier dans une entreprise de travaux public. Ils plaçaient des pannes de charpente au collège Benoit de l’Isles sur Sorgues. Il y en a un qui a dévissé en face, la panne de charpente à pris mon père sur le thorax et l’a envoyé 6 mètres plus loin. Il est mort sur le coup.


Jeune, j’ai eu l’occasion d’avoir de beaux partis. Tout le monde disait que j’étais beau garçon, qu’est ce que vous voulez que je vous dise ?


Je suis resté un vieux garçon, mais c’est un choix. Ma mère voulait que je  me marie. J’aurais pu me marier, mais j’ai aidé ma maman; j’étais le substitut de mon père, et j’ai assumé jusqu’à ce qu’elle meure. Et j’en suis fier et heureux. Ma mère je l’ai toujours respectée. Il m’arrivait d’être grossier avec elle, mais après, je m’en mordais la langue. Je l’ai menée à Paris, à Bruxelles, à Genève, je l’ai menée partout où je pouvais la mener. Elle a été là pour me diriger, me donner des conseils.

 

Elle est née une nuit de noël, c’est pour cela qu’elle se prénommait Noelie Marie, en 1899. Je l’emmenais à cent ans et quelques jours, elle voyait trois siècles. Elle m’appelait Célou.
 

Dernièrement, j’ai manqué une occasion. Maintenant, je le regrette. J’ai une petite maison aux Angles. Je l'avais louée à une dame plus jeune que moi. Elle était professeur de violon. Elle voulait se marier avec moi. Elle avait donné un concert à Valence, et elle m'avait proposé de l'accompagner. J'y suis allé. En revenant, on est passés devant un hôtel, et elle m’a fait comprendre qu'elle voulait qu'on couche ensemble. Je n’avais pas d'argent, j'avais les yeux qui tombaient, j'étais gêné. Et à la manière que je l'ai perdue, ça ne se reproduira pas.


Cette maison, c’était des commerçants qui l’avaient. La grand-mère, qui avait 83 ans, m’a demandé un bouquet, 11 millions, en 57. Il y a 500m de terrain autour, à l’abri du vent du nord. Il n'y a pas de mistral, c'est un paradis. D’un côté, c’est les Angles, de l’autre, c’est Villeneuve- les- Avignon.


Ma mère travaillait. Nous n’avions pas assez avec la pension d’accident de travail, et avant qu’elle touche, ça a été long. Il me semble encore l’entendre pleurer dans son lit. Heureusement qu’il y avait des comptables et des gens consciencieux à la médecine du travail, qui lui ont fait percevoir sa pension, au bout d’un an.


Je suis allé à l’école communale et j’ai passé le certificat d’étude par dérogation au mois de mars, le 24 mars 43 ou 44. J’allais au cours de français plaisamment. Je ne suis pas un compositeur, mais en français j’étais bon, j’allais en cours volontiers. Par contre en mathématique, je connais l’arithmétique, l’algèbre et la géométrie, le minimum. Je suis allé jusqu’en quatrième. Tant que ma mère m’a fait travailler, j’ai pu suivre ; après, ça n’a plus été pareil. Et puis, il a fallu que j’aide ma mère. J’ai un frère de trois ans de moins que moi. J’ai été orphelin jeune, mais je ne voulais pas que ma mère ou mon frère aient à baisser les yeux.


Un matin, le vingt-sept mai 1944, il y a eu les forteresses volantes, la DCA. Le bombardement de la ville d’Avignon. On allait coucher au Palais des papes. Rue Peyrollerie. On dormait par terre. On y passait toutes les nuits. On sortait la journée. On y est restés jusqu’au 15 août. A Saint Ruf, j’ai vu tomber un bâtiment de trois étages. J’ai un ami qui a perdu sa mère. Il y avait une chaleur, une poussière. Ça  faisait un bruit énorme. Le sol tremblait. Les B 52, ils vous envoyaient des prunes incroyables. J’en ai même vu un se faire descendre. La DCA était sur une tour du palais des Papes. Ils ont descendu un B 52. J’ai vu le pilote en parachute qui descendait. Le gars, il a dû tomber vers Villeneuve ; il y a des gens qui l'ont hébergé et les Allemands ne l'ont pas eu. J’ai retrouvé son histoire en allant à la Chartreuse, à Villeneuve. Il y a une stèle, comme quoi le commandant américain Untel à été sauvé ici. Il y a eu plus de 1300 bombes lâchées sur Avignon. Ça  a fait 800 morts quand même : des civils, des employés, des militaires. Pendant la débâcle, je passais devant la cité administrative. J'y ai vu des Allemands dormir par terre. Ils étaient tout en vert.


Dans les années 50, 60 sur la place du palais des Papes, devant le petit palais, il y avait la statue toute en bronze du brave Crillon. On l’a déplacée à Crillon-le-Brave (84410) dans le haut Vaucluse.  En face de la mairie, place de l’horloge, où il y a aujourd’hui le carrousel,  il y avait la statue du centenaire du rattachement de la ville d’Avignon et du comtat Venaissin à la France en 1792. C’était l’emplacement idéal.

Les gens se respectaient, ce n’était pas le même genre de vie. Les anciens, je crois qu’ils étaient plus solidaires que maintenant. Ils étaient peut-être moins instruits.


 

A 17 ans, en sortant du collège, je me suis inscrit au bureau de chômage, et deux jours après, je travaillais. J’ai dû avoir trois jours de chômage sur 50 ans d’activité. J’ai toujours travaillé.

 

Mon parrain s’appelait Marcellin, d’où mon prénom, Marcel. Lui, c’était un numéro ! Il sortait avec des gosses de riches, et quand il avait vingt  ans, il a tué une fille en voiture. Il a fait la guerre et il a été fait prisonnier. Il est revenu en 39. Il s’est marié, à 46 ans, avec une belge, et il est resté en Belgique. Il était peintre en carrosserie automobile. J’y suis monté, en Belgique, quinze jours, avec ma mère, mais il n’y a pas eu moyen de le faire partir de Bruxelles. Par contre, j’ai vu l’Atomium, l’aéroport, le Manneken Pis, et j’en passe.


Les affaires de justice, ça me plaît. Même que ce soit un criminel. A  propos de la petite Elise, j’ai suivi l’affaire. Et quand je travaillais aux chemins de fer, l’adjudant de gendarmerie m’a envoyé aux assises en tant que juré. A l’époque, j’étais parti trois jours à Carpentras. Et ça m’a plu. On apprend toujours quelque chose. La criminologie, j’aime ça, ça me plaît. Maintenant les assises, elles sont rassemblées à Avignon.
 

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J’ai travaillé dans les travaux public, et à la SNCF. En 1945, ou 46, je ne voulais plus aller au collège. En sortant du collège, je suis allé dans un bureau où on m’a demandé mon état civil, et je suis allé travailler à Donzère Mondragon, sur le barrage. Je suis d’abord allé à Bollène, parce que l’usine –écluse,  c’était à Bollène, quartier Saint Pierre. J’y suis resté jusqu’en 51. Je partais le lundi à 4 heures du matin, et je travaillais jusqu’au samedi inclus. On n’avait que le dimanche, et le samedi, quand on le prenait. On allait au cinéma. Mais on était tenu par le boulot. Et avec les économies, j’ai acheté une maison. La vie était plus dure au point de vue travail, mais avec le franc, c’était plus facile à gérer.


Après, j’ai fait l’armée : j’ai été incorporé au Génie, le vingt-sixième bataillon du Génie, ERG, entrepôt de réserve générale du Génie. Je leur en ai fait voir des vertes et des pas mûres. Je faisais ce que je voulais. Par contre, il fallait bosser. La pelle et la pioche. On faisait l’aménagement d’un château d’eau. J’y suis resté dix-huit mois, et un peu plus. C’était un revers, mais c’est rien, je suis toujours là. On avait 20 francs par mois. J’ai jamais demandé un sou à ma mère. Ça  me suffisait. Ça  a été un peu le bon temps de ma vie, parce que, quand on a vingt ans, c’est le plus bel âge dans la vie. Après le service militaire, on est un homme. Une  fille c’est plus précoce.

 

Quand je suis sorti du service militaire, j’ai travaillé pour un plombier, enfin, un gars qui vendait du sanitaire. Il s’appelait Ernest. Il avait une affaire en or, boulevard Emile Desfond à Avignon. Il avait trois étages. Il faisait du sanitaire sur tout le département et même plus loin. Il avait trois voyageurs de commerce.


Apres le service, j’avais fait des demandes à la gendarmerie, à la SNCF, et à l’EDF. Le premier à se présenter, c’était la SNCF, et j’ai fait trente ans. J’étais facteur.


Entre le service militaire et mon entrée à la SNCF, c'est-à-dire de vingt-trois à vingt-cinq ans, j’ai fait un peu de tout, sauf rentier.


J’avais un chef de service compétent : il avait trois ou quatre licences, c’était un Monsieur. Il était d’origine Alsacienne. Son père était médecin. Il avait une clinique à Marseille. Ils logeait dans le quartier de Deferre, quand il était maire de Marseille. Un charmant garçon. Mais mon chef, lui, c’était un patron au chemin de fer. Il s’occupait de la circulation. Un jour que je descendais avec lui à Marseille, il me dit : «Dites, vous êtes en première, il vaudrait mieux que vous alliez en seconde. » Je me suis exécuté. Il n’était bien qu’avec les gens qui lui plaisaient. Il avait sous sa coupe deux aiguilleurs, un graphiste qui faisait les plans, et l’aboyeur, celui qui annonçait au micro. Et il se régalait.

Je suis monté dans une cabine de TGV : c’est un avion sur rail.


Et j’ai terminé en 86 à la SNCF. J’étais au service exploitation. Facteur au départ, pour arriver agent d’exploitation au bureau. Nous étions une vingtaine. Les soirs de fête, comme Noël, chacun apportait quelque chose. Il y en a un, une fois, il nous avait fait un civet de lièvre, le garçon : un délice. Nous faisions les « trois- huit ». Il y avait des alternances qui, des fois, m'emmerdaient au chemin de fer, mais je peux dire que j'y ai passé du bon temps.


Je suis à la retraite depuis le 1er janvier 1986. Ça fait 23 ans. Ils m'ont fait travailler jusqu’à mon dernier jour : le jour de la Saint Sylvestre ! Seulement, je ne savais pas que j'étais libérable. Je l'aurais su, ils m'attendraient encore !

 

 

 

 

 

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Texte collecté lors de notre partenariat vec "les Floralies" du Pontet 


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Auteur Conversation
demian
Posté le: 6/5/2010 13:19  Mis à jour: 6/5/2010 13:19
Webmestre
Inscrit le: 23/12/2008
De:
Envois: 159
 _RE Marcel
Ce texte vient d’un partenariat entre Histoires et Souvenirs et l’association Les Floralies.
Merci à tous, et surtout aux participants, qui nous ont fait confiance.
J’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que nous en avons eu à les collecter.
En vedette !
 Jérémy
 jeremy 

 

 

 

 

 

Né le 24 novembre 1989 à Carpentras (84)                                     

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 Abdelmalik
 abdelmalik 

 

 

 

 

Né le 05 avril 1960 à Asilah (Maroc)                                         



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