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Jeanine
 | | Née le 22 juin 1930 à Rognonas (13) |
 | | Nous étions quatre filles : Marie-Thérèse, Monique, Christiane, Jeannine et moi, et deux garçons : Claude et Jeannot. Six petits, ce n'est pas rien ! Mais pour autant, on ne se bagarrait pas, on était même plutôt gentil. Je suis née le 22 juin 1930 à Rognonas. Mon papa travaillait à Barbentane, aux chemins de fer, il. Là on avait beaucoup de choses pour jouer, les copains venaient, c'était bien, et au fond il y avait l'eau où ma grand-mère lavait. On jouait avec pas grand-chose. Mon frère, par exemple, il se mettait sur la table et nous, nous étions dessous. Il attachait quelque chose au bout d'une ficelle, et nous faisions les poissons, comme à la pêche. C'était peut-être bête, mais il fallait bien s'amuser ! Puis mon père a été muté en gare d'Avignon, alors on a déménagé pour venir à Avignon. Je devais avoir cinq ou six ans. On a fait cela en pleine nuit, il avait plu. Chez ma grand-mère, au fond du jardin, il y avait un petit étang, et devant cette nouvelle maison, il y avait de l'eau. J'ai cru que c'était profond et, de peur de tomber dedans, je faisais le grand tour pour y entrer ! Le lendemain matin, lorsque j'ai vu que ce n'était qu'une flaque d'eau de pluie, je me suis trouvé bien bête ! |
Ma maman avait pris une épicerie avec mon frère Jeannot, qui faisait les marchés. Il avait un ami qui cultivait des légumes chez lui. Même une fois, il est resté caché je ne sais combien de temps dans un fossé avec des carottes de peur qu'on les lui prenne. Il y avait un pont gardé, et s’il passait avec ses carottes on allait lui prendre. On en a vu quand même, il ne faut pas oublier ! À Avignon, nous habitions 63, chemin des Deux-Routes, du côté de l'abbaye. C’était la guerre, il y avait les tickets de restrictions pour le pain et tout ; il fallait les compter, les coller et ne pas en perdre. Pas très loin, l'école Saint Ruf faisait la pointe ; on prenait ce chemin, et là il y avait un café ; sa propriétaire, qui sans doute devait passer des choses en cachette pendant la guerre, avait été prise. On l'avait mise en prison, peuchère. Nous, on ne faisait que dire : « - Quand est-ce qu'elle revient ? » Sa tante, qui n'habitait pas à Avignon, a été obligée de venir pour tenir le café pendant ce temps. Quand la dame a été relâchée et qu'on l'a vue arriver, on a couru vers elle et on s’est jeté dans ses bras, tellement nous étions heureuses. L'épicerie était juste à côté du café. |
S’amuser sur un cadavre humain |
Pendant la guerre, un peu plus loin, mes frères avaient fait une tranchée derrière l'abbaye. Depuis, elle a été démolie, elle ne tenait plus. Il y avait plein de caraques là-dedans, qui venaient y dormir à l'abri. On en a vu quand même de ces choses, on ne peut pas l'oublier ! Lors du bombardement d'Avignon, on entendait les avions gronder. On s’est réfugié dans la tranchée où des hommes nous ont fait mettre un morceau de bois entre les dents. Ils nous disaient que c'était pour le souffle des bombes. Il y avait de l’eau, je marchais dedans mais on ne faisait pas attention tellement on avait peur. A quoi ça sert, de repenser à ça,? Il ne faut plus connaître ça. À côté de l'épicerie, il y avait des décombres du bombardement. Sans savoir, on s’amusait à marcher sur ces décombres. Et pourtant, sans qu’on le sache, il y avait un homme dessous. Rendez-vous compte : on s’amusait à marcher sur le corps d’un homme, peuchère ! |
J'avais une sœur, elle ne faisait jamais rien. Et, pendant une période, je la voyais tricoter, et tricoter ... Un jour je lui dis : « - Mais qu'est-ce que tu fais ? - Tu le verras bien !». Et quand on est monté se coucher, elle s'était fait un bonnet de nez : elle avait froid au nez, peuchère ! Je lui ai dit « - Mais tu es fadade, toi ! » C'était bien d'elle, qu'est-ce qu'elle nous a fait rire ! Moi je dormais avec elle, et mon autre sœur dormait avec la plus jeune. Et il restait mes deux frères qui dormaient dans la chambre à côté de celle de mes parents ; quant à nous, nous avions une chambre un peu plus grande. | |  |
J'ai habité là où il y a la fontaine, rue de la République. Il y avait le marchand de voitures d'enfants Georges, et moi j'habitais juste au-dessus du magasin qui s'appelait « Au Singe Vert ». Derrière, là où il y avait les Nouvelles Galeries, ça allait vers la place Saint Didier. Un jour, la dame du Singe Vert a dû s’absenter en vitesse, en oubliant carrément de fermer la porte de son magasin et celle du couloir ! C'est mon mari qui s’en est aperçu. Je lui ai dit : « - Moi je sais où elle habite, tu restes devant la porte, et je vais le lui dire. » Elle nous a vivement remerciés : pensez donc, elle aurait pu être dévalisée, elle n’aurait plus rien eu le lendemain. Vous imaginez comme elle était contente ! Avec les copines on se retrouvait à la fontaine, ça faisait un clan. En face il y en avait d'autres mais sans que sache pourquoi - même maintenant, je ne pourrais pas le dire - on ne se mélangeait pas. Chacun montait la rue de la République, mais toujours du même côté. |
Après, j'ai travaillé chez Casalino, vers la place Saint Didier, non loin d’une épicerie et d’une boucherie chevaline, avec à côté un magasin de musique qui vendait des accordéons, des pianos, de tout pour la musique, tout cela je le revois bien. Et là, il y avait Casalino. J’y faisais de la couture. J'avais une copine qui habitait de l'autre côté de ma fenêtre, et elle m'avait dit : « - Viens travailler chez Casalino ! » J'y suis venue et j'ai travaillé là jusqu'à ce que je sois enceinte. Après j'ai élevé mon bébé. Cela ne me déplaisait pas. J'étais toujours en train de tricoter ou de coudre. Je ne perdais pas mon temps. On apportait du travail chez nous en plus. J’étais jeune quand même, mais il fallait travailler, notamment pour des gens qui venaient des alentours d'Avignon ; le travail fini, il fallait que je porte les commandes au car. Je prenais mon vélo. C’étaient quand même de bons moments, quand on y pense. Je revois aussi la clinique sur la place - je crois que c'était la clinique du docteur Passebois - et une école au fond.. Ma belle-mère était née dans cette clinique. Je revois aussi le tailleur Achille, dans la même rue que Casalino, et le marchand de livres installé juste en face. |
La souris et la femme saoule |
Je me suis mariée en 50. René, mon mari était d’Apt, il était venu à Avignon chez son oncle qui avait une boulangerie pâtisserie vers le Palais des papes. On s'est connu comme ça. Maintenant, peuchère ! il est décédé il n'y a pas longtemps. Il était brave. Il s'appelait. Il a travaillé un peu chez son oncle, puis après il a fini par entrer dans les chemins de fer. Quand on s’est connu, au tout début on a habité sous les toits ; un jour j'ai vu une souris passer par une fenêtre du toit ; moi qui en ai tant peur, je ne l'ai plus jamais ouverte cette affaire ! L’un des trois appartements était occupé par une femme qui était toujours saoule, j'en avais peur. Quand il faisait chaud, elle laissait souvent sa porte ouverte avec un gros rideau qui bougeait, j'avais toujours peur qu'elle me prenne quand je passais, j'avais une de ces trouilles ! Comme je n'avais pas de volets à ma fenêtre, j'avais mis des doubles rideaux, mais je n’étais pas tranquille. Il y avait un seul cabinet pour trois locataires, ça faisait beaucoup. Enfin ça a passé. Quand on voulait aller danser, on allait à Valibouse, dans l'avenue Monclar : ce sont des souvenirs que l'on ne peut pas oublier. |
J’ai un fils, il est à Lyon. En partant faire son service militaire à Lyon, il me disait : « - Mais qu'est-ce que je vais faire à Lyon ? » et il y est resté. Il a trouvé du travail. Et depuis il y est. Il est brave, je n’en ai eu qu’un, mais il est brave, il téléphone, et tout, et tout … Il a une voiture ; des fois, il vient me voir … Quant à mon frère Claude, il a travaillé aux établissements de levage Serein. Il avait été à l'école avec les fils Serein ; ils l’ont embauché et il est resté chez Serein. Mon frère Jeannot est rentré aux chemins de fer jeune. Maintenant il est à la retraite. |
Texte collecté lors de notre partenariat avec "les Floralies" au Pontet |
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| Auteur |
Conversation |
| demian |
Posté le: 6/5/2010 13:18 Mis à jour: 6/5/2010 13:18 |
Webmestre   Inscrit le: 23/12/2008 De: Envois: 159 |
 _RE Jeanine Ce texte vient d’un partenariat entre Histoires et Souvenirs et l’association Les Floralies. Merci à tous, et surtout aux participants, qui nous ont fait confiance. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que nous en avons eu à les collecter.
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 | | Né le 24 novembre 1989 à Carpentras (84) |
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