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Bertrand
Publié par Mjulianie le 18/9/2009 (2112 lus)
Bertrand
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Né le 16 décembre 1982 à saint-Denis                 

(La Réunion)                                    



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Je suis né à la Réunion, à Saint-Denis mais j'ai vécu à la Saline les Hauts. Je venais en vacances en France jusqu'à l'âge de 12 ans. Vers 14, 15 ans j'ai quitté la réunion pour venir vivre ici.

 

À la Réunion, mes parents ont pris une maison avec un terrain qu'ils ont payé petit à petit. Ils l’ont loué et à la fin elle était à eux. Ma mère était dans la restauration et mon père faisait le jardinage. On se voyait le week-end et moi je restais à la maison. Mes grands-parents habitaient juste à côté et ils me surveillaient. J'ai de très bons souvenirs de là-bas.


À chaque fois que je passais en classe supérieure, mes parents m'envoyaient en vacances en France chez des amis de mes parents qui vivaient dans le sud. Ici ça m'a plu,  j'ai fait des connaissances et j'y suis resté.

Je suis retourné à la Réunion, c'était en été, j’y suis resté une semaine. J'ai discuté avec mes parents, je leur ai demandé si je pouvais venir vivre en France. Ils ont téléphoné chez leurs amis pour leur demander leur accord pour que je reste ici et ils ont accepté. Mes parents m'ont dit : « Si tu veux y aller, il faut que tu retires tous tes sous ». J'ai tout retiré. J'avais 10 000 francs  à l'époque. Mes parents me donnaient des sous et je mettais tout sur mon livret.
J'ai fait mes études d'électrotechnique sur Avignon au lycée Robert Schuman pendant deux ans. J'ai un BEP électrotechnique et un CAP de préparateur de commande puis j'ai fait multi filière, une formation de plombier électricien.

 

De 2000 à 2004, j'ai décroché un CDI à A Z. Méditerranée à Cavaillon, des fruits et légumes. C'était pas du tout ma spécialité mais c'était mon premier travail et comme je n'avais rien trouvé, je suis tombé là-dedans et je me suis dit que c’était bon. Ils m'ont très vite fait un CDI. J'avais un CDI et du travail et c'est tout ce qui comptait. Je triais des fruits et légumes et je montais les palettes. Puis, j'ai été licencié parce que je me suis fâché avec un chef et je l'ai frappé.


Après ça, j'ai fait de l'intérim. J'ai eu des CDD, j'ai fait de la restauration, de la maçonnerie, manœuvre. J'ai été dans la restauration parce que j'avais aidé quelqu'un à faire un déménagement et cette personne m'a demandé si je savais faire la cuisine. Je lui ai répondu que oui et donc il m'a pris. On est devenus amis. J'ai travaillé dans la préparation des fruits et légumes, à ABX comme manœuvre, à Charles Martin à Cavaillon dans les produits surgelés à -25°. Je me suis gelé. Je n'y ai pas travaillé longtemps, c'était trop difficile.

 

Je suis arrivé au Secours Catholique suite à des problèmes. Avant, j'étais forain et j'avais trouvé une copine. Comme j'étais à la rue, elle m'a demandé si je voulais aller avec elle à Nice. Je lui ai dit oui. J'ai débarqué à Nice où je suis resté un moment mais comme elle avait trois petits, ça n'a pas marché. Après ça, je suis allé voir des cousins et cousines sur Paris où je suis resté quelque temps. J'ai trouvé une autre fille là-haut. Elle voulait descendre dans le sud, alors je suis revenu avec elle. On a débarqué à Avignon. On est resté ensemble pendant cinq ans et on a eu un enfant, Lorenzo, qui a deux ans et que je ne vois que de temps en temps. Je ne l’ai pas reconnu à cause de mes problèmes d’argent. Je ne pouvais pas payer de pension. Il vit avec sa mère à Robion et il sait que je suis son père. Cela fait deux ans qu'elle m'a quitté, sans que je sache pourquoi, et pour oublier je suis venu au Secours Catholique.

 

Lundi je reprends un boulot en maçonnerie et entretien de jardin chez DEFI, une entreprise qui travaille en association avec l'ANPE.  Je vais travailler avec eux pendant six mois et ils renouvelleront mon contrat si je fais l'affaire.

 

Depuis 2004, je n'arrive plus avancer. Ce n'est pas par rapport à la mère de mon fils qui m'a quitté mais je pense que ça remonte à bien avant, au moment où j'ai été viré.

Maintenant, je reprends tout à zéro. DEFI me donne un coup de main, c'est déjà ça. Un travail,  un peu d'argent et après, changer d'appartement parce qu'actuellement je suis dans une boîte. J'habite rue du Puit de la Tarasque, juste à côté du secours catholique. C’est tout petit, 15 à 17 m² pour 380 €. Mais l’APL me verse 256 €. Après, le reste, c'est moi qui le paye. Ça fait quand même cher parce que l'eau et l'électricité ne sont pas compris dedans.
Je vais voir avec Mélanie du Secours Catholique pour trouver un autre appartement, mais pour le moment, j'ai des problèmes avec la CAF. Je dois leur rendre de l'argent. La CAF s'est trompée : elle m'a versé l'argent  et elle a aussi versé à la propriétaire. Avant, comme je travaillais, je croyais que c'était mes sous et tant qu’il y en a...
Maintenant, je verse un temps par mois à la CAF et à ma propriétaire pour les rembourser et comme je touche le RSA, les deux dernières semaines du mois, il ne me reste rien.
C'est dur mais heureusement on est bien entouré au Secours Catholique. C'est une aide morale et aussi pour les papiers.

 

Ce qui me manque le plus de la Réunion, c'est la mer et la montagne. C'est tout. Je me suis renseigné, pour un même travail de préparateur de commandes (j'ai fait un CAP pour avoir le CACES),  ici je toucherais entre 1500 € et 1800 € et si je pars là-bas, à la Réunion, je ne toucherais que 1200 €. Ce n'est  pas payé pareil. En plus, ici j'ai ma liberté, je fais comme je veux alors que là-bas, il faudrait déjà que je retourne chez les parents en attendant de trouver quelque chose. Chez mes parents, je ne vais pas oser prendre quoi que ce soit, nourriture ou boissons, même si ce sont mes parents. Si mon père regarde la télé et qu'il regarde une chaine, je ne vais pas lui dire que je veux regarder une autre. Je ne serais pas chez moi. Il y a toujours du respect envers les parents, on ne rentre pas comme ça, on ne fouille pas.

Maintenant, il n’y a plus de respect. Un jeune de 11 ans, il va insulter sa mère parce qu'il est mal éduqué. Moi, je n'ai jamais reçu de coups, ni de ma mère ni de mon père. C'est juste avec les mots, il ne faut pas faire ceci ou cela, il faut l'expliquer. Si les parents expliquent, les enfants écoutent.
 

Ma mère me demandait  pourquoi je ne voulais pas rentrer à l'armée. C’est après que tu te dis qu’il faut écouter les parents. Ils sont passés par là, donc s'ils disent quelque chose pour toi, c’est pour te mettre dans le bon chemin. J’aurais pu rentrer dans la gendarmerie, ou bien rentrer dans l'armée, mais j’ai voulu n’en faire qu’à ma tête. Maintenant je le regrette, mais on ne peut pas revenir sur le passé, donc on avance comme on peut.

 

J'ai une copine, de Perpignan qui est partie à la Réunion. Nous, on cherche du travail et on n'en trouve pas. Elle, elle est arrivée là-bas, elle a déposée son dossier et un mois après, elle était prise.
 

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À la Réunion, on est souriant avec tout le monde. Il y a des Arabes, des Chinois, etc.… et on s'entend bien. Tout le monde se parle, on ne se regarde pas de la tête aux pieds. Ce n’est pas comme ici. Ici, à certains moments, c'est difficile. Mais maintenant j'ai 26 ans. Ce n'est pas comme à 20 ans, j'essaye de ne pas me casser la tête. Je fais un tri : les bonnes personnes, je les prends et les mauvaises, je les laisse tomber.

 

Depuis que je suis ici en France, je ne retourne plus à la Réunion. Mes parents viennent chaque été sauf cette année à cause de problèmes d'argent. Ma mère a perdu son travail et mon père, lui, a changé de boulot. Il est titulaire dans des écoles pour l'entretien. Même là-bas il y a des problèmes, mais on ne se casse pas la tête comme ici, on vit au jour le jour. Moi, j'ai perdu l'habitude de là-bas parce que je fais comme les gens d’ici : j'essaye de penser à ce que je vais faire après. Ça me manque de ne pas être comme eux, de ne pas me casser la tête. La nourriture aussi me manque et l'ambiance aussi. L'ambiance de là-bas c'est autre chose. Par exemple, pour Noël, on commence une semaine avant et on passe un mois à faire la fête sans s'arrêter.


Là-bas, quand on fait la fête, on ne se soucie pas du reste. J'ai des connaissances, des anciens collègues, soit ils sont rentrés en prison, soit ils sont devant la boutique de 6h du matin jusqu'au soir et ils sont en train de boire. La boutique, c'est une épicerie et un bar collé. Les deux vont ensemble. C'est pour ça qu'on l’appelle la boutique. D'autres sont déjà mariés et ont des petits. Il y a aussi ceux qui fument le zamal, c'est de l'herbe. C'est pour tout ça que je ne veux pas y retourner, je n’ai pas envie de me retrouver comme eux.


Là-bas, à la Réunion, pour la nourriture tout est préparé à la maison. Chez nous, le grand-père a toujours un jardin avec des tomates et des épices. On va chercher le poulet et on fait notre plat. Ici c'est que des boîtes et j'en ai pris l'habitude. En France, ce n’est que du rapide. On ne prend pas le temps de préparer et moi je suis devenu comme ça.

 

Chez nous, il n'y a pas de travail, il n’y a que le tourisme qui marche. Pour la maçonnerie, tu as toujours un oncle ou un cousin qui est maçon. Alors, quand tu as un problème, tu l'appelles et il vient le faire gratuitement. Il y a aussi des systèmes d'échange, entre familles : on ne paye rien, chacun aide l'autre.

Prendre des idées ici et les apporter là-bas, ça ne marcherait pas. Par exemple, il y a Quick et McDo à la Réunion, et dans la journée, il doit y avoir cinq ou six personnes parce qu'on reste sur notre façon de vivre. Si on mange, on mange nos plats, on ne va pas manger à Quick ou à McDo. On va y manger peut-être une fois dans le mois ou dans l'année.

 

 

 

 

 
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Texte collecté lors de l'action commune avec l'accueil de jour du Secours Catholique d'Avignon


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Auteur Conversation
demian
Posté le: 6/5/2010 13:15  Mis à jour: 6/5/2010 13:15
Webmestre
Inscrit le: 23/12/2008
De:
Envois: 159
 _RE Bertrand
Ce texte vient d’un projet commun entre Histoires et Souvenirs et l’accueil de jour du Secours Catholique d’Avignon, porté par Habib, bénévole au Secours Catholique et animateur bénévole d’Histoires et Souvenirs.
Merci à tous, et surtout aux participants, ces personnes qui nous ont fait confiance en ouvrant leurs cœurs durant des interviews qui, parfois, m’ont vraiment ému.
J’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que j’en ai eu à les collecter.
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 Jérémy
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Né le 24 novembre 1989 à Carpentras (84)                                     

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