Cependant, quelle sérénité retrouvée ; les gros draps de toile, enfin adoucis par tant de lavages, nous faisaient un doux massage. Et le matin, le coq chantant, ne réussissait pas à nous lever pour autant. On écoutait ce doux chant des vacances en se disant que décidément il était beaucoup trop tôt pour entrer dans la danse. En y pensant, il y avait aussi une cage à oiseaux au grenier, qui ne servait plus, mais la balançoire bougeait toujours quand on la regardait. Un été, on finit par tout ranger là-haut, les pendules, les coucous, le garde-manger et autres paniers à œufs. Seuls des vieux bols fêlés avec les pots à lait restaient sur le haut de la cheminée pour nous rappeler toujours le meilleur des étés passés.
Qu’il était doux ce temps de repos, qu’il nous semblait étrange et loin, notre domicile de la ville. Et pourtant, dès les premiers soirs diminués de clarté ou d’une journée moins ensoleillée, on commençait à entendre la cloche d’un départ imminent. Que de regrets dans ces instants troublants d’une fin d’été inachevée et que nous voulions prolonger pourtant ! Pas de ressentiments dans ce nouveau changement qui nous faisait un retour sinon attendu au moins triomphant.
Que d’espérances pour le nouvel âge de la vie qui nous ferait connaître joies et tourments jusqu’à l’écoeurement.
Quand quatre lunes plus tard, on serait à nouveau dans les champs de pommes rouges qui rouleraient sous nos mains avant de passer sous le tambour des presses, pour nous amener le nouveau jus millésimé, il ne serait pas trop tard pour croire encore aux aurores nouvelles. Et si encore plus tard, les premiers frimas nous réunissaient autour d’un grand feu de joie, les veillées heureuses nous tendraient les bras, pour nous rassembler à la nouvelle année. Dès les tournoiements des hirondelles dans le ciel, le printemps serait là et avec elles on se reverrait là bas. Quelques fleurs ici ou là, borderaient les chemins de leurs couleurs sur un tapis verdoyant. Et en descendant les chemins en serpentin, on aurait le teint frais des matins encore lointains.
Et toujours dans un parcours sans cesse inachevé, l’été nouveau serait arrivé pour recommencer nos vacances apaisantes sur un air de tralalaire !
Fenêtres et portes grandes ouvertes, le soleil et la mer pouvaient bien entrer, nous étions là à les regarder comme avant, comme toujours, comme maintenant et comme demain. La liberté avait sonné, et nous commencions à nous éparpiller ici ou là, jamais trop loin pourtant, mais trop loin quand même.
Sans cesse en ivresse d’un bonheur complice des délices de la vie nouvelle, nous étions prêts pour toutes les aventures du siècle qui déferlaient sur nous comme une lame géante sur un océan de paix retrouvée et gagnée.
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