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Eliette
Publié par Mjulianie le 30/6/2009 (281 lus)
Eliette
Eliette 

 

 

Née le 4 mars 1932 à Collias (30)



Eliette4  

Je suis née au mois de mars, en 1932 dans le Gard,  à Collias, dans un passage à niveau qui n’existe plus maintenant. Nous étions huit enfants.  Mon père travaillait à la SNCF, et chaque fois qu’il a été muté quelque part, un enfant est né. Comptez le nombre de déménagements !  Nous avons vingt ans de différence avec ma dernière sœur. Elle vient d’être à la retraite et moi, j’ai 77 ans.


Mon arrière-grand-père était, à l’époque, chef de gare à Lyon. Ce n’était même pas la SNCF, c’était les PLM*. Il avait donc une bonne situation. Mais mon grand-père ne s’est pas entendu avec ses parents. Il est parti et il a mis une fille enceinte. C’était une fille d’un cirque ambulant. (A l’époque, il y avait beaucoup de petits cirques ambulants.) Il s’est marié avec elle. Il avait quand même 14 ou 15 ans de plus. Mon grand-père était l’aîné, donc le fautif de la chose en quelque sorte, et ses parents l’ont un peu abandonné. Il leur en a beaucoup voulu. Toute sa vie, il est resté fâché avec sa mère ; il ne voulait plus la voir. Mais avant de décéder, sa mère l’a fait appeler, et lui, il l'a fait transporter chez lui, dans son lit.

 

Elle est morte chez mes parents, dans le lit de mon père. C’est à ce moment-là qu’il lui a pardonné.
 

Mes parents se sont mariés dans le Gard, à Cornions, du côté de Barjac. C’est un très beau village. Ma mère était née là. Mon père travaillait pour mes grands-parents. Ma mère était plutôt d’une famille bourgeoise. Mon père, lui, était l’aîné de treize enfants, il avait beaucoup souffert. Je n’aime pas trop en parler. Il s’est élevé dans la vie ; il a eu beaucoup de mérite. A neuf ans, il était déjà placé dans une ferme. Il ne savait ni lire ni écrire, rien. Il a appris tout cela une fois qu’il est entré à la SNCF. Petit à petit, il est monté, jusqu'à devenir conducteur de travaux. Il lui manquait une jambe, mais il n’avait pas peur de descendre dans les remblais.

 


Ses beaux parents ne le voulaient pas comme gendre, il n’était pas assez bien. Longtemps après le décès de mon père, je suis allée dans ce village, et j’y ai rencontré des gens, dont un monsieur qui avait été amoureux de ma mère, et qui, en parlant me disait : « Ton père, on l’appelait  ‘’le poil rouge’’. » Mon père était roux. Et il lui en voulait ce bonhomme, alors que mon père était déjà décédé depuis un moment.

 


Mon père s’est engagé pendant la guerre, en 44 ou 45 ; il s’est engagé comme volontaire, et il y a perdu une jambe. Il était amputé de guerre. J’étais en adoration devant mon père. J’aimais ma mère, mais quand j’ai perdu mon père, j’ai maigri de dix kilos en un rien de temps, tellement j’ai eu du chagrin. Ma fille aînée était comme ça avec son père. Quand elle c’est mariée, elle ne voyait que par lui. Elle disait à son mari : « Mon papa, il fait comme ça ; mon papa, il sait faire ça ». Mon gendre a était brave de le supporter.

 


Ma mère était gentille, je l’ai beaucoup aimée aussi, mais elle n’avait pas les qualités que mon père avait. Il était très sociable, il aimait les gens, il aimait inviter du monde, avoir du monde autour de lui, beaucoup de jeunes. En étant huit, mes frères avaient beaucoup de copains. Mon père recevait tout le monde avec grand plaisir. Il jouait aux cartes, on chantait une partie de la nuit. C’était mon père, il était comme ça.

 


Après Colias, nous sommes partis du côté de Montpellier. Là, j’ai encore un frère qui est né. Ensuite nous sommes partis dans les Cévennes, du côté de Saint ambroix, à Clet, à côté de Besseges, où j’ai passé mon enfance et commencé ma scolarité. Là, il y en a deux qui sont nés. Un qui n’a pas vécu longtemps - six mois – puis, il en est né un autre. Ensuite, nous sommes remontés dans le Gard, à côté de Bagnols–sur-Cèze, à Orsan, jusqu’à mes 14 ans. C’est là qu’est née une de mes sœurs. Et après, nous sommes partis sur Avignon, où est née ma dernière sœur. Quand on est jeune on aime bien le changement, et puis on était obligé de suivre les parents.

 


J’avais six ans environ et je commençais  juste l’école. Nous étions toujours dans les Cévennes, et j’ai eu le bonnet d’âne.  J’ai fait le tour avec le bonnet d’âne et je n’étais pas fière. Je ne l’ai plus jamais eu. Je ne sais plus trop pourquoi je l’avais eu, mais je n’étais pas fière du tout !


Pendant la guerre, nous étions à Orsan. Ma mère tenait un passage à niveau. La gare était juste à côté, et quand ça été la débâcle, je me demande comment ma mère a survécu. Le passage à niveau s’ouvrait à la manivelle. On ne le fermait qu’à l’arrivée d’un train. Quand ma mère fermait le passage à niveau, elle était obligée d’enlever la manivelle, parce que les allemands, en pleine débâcle, voulaient à tout prix ouvrir le passage à niveau pour partir, et ma mère ne voulait pas les laisser passer quand un train arrivait. Et bien, ils l’ont mise en joue je ne sais combien de fois. J’avais un petit frère qui avait sept ans à l’époque, et dans la cour, il jouait au soldat. Quand les trains - plateaux, remplis d’allemands, passaient, il faisait semblant de tirer dessus avec un bâton. Plusieurs fois, il a été mis en joue. Ils auraient pu tirer ; à l’époque c’était des fanatiques. Il y en avait des gentils : ceux un peu plus âgés;  ils souffraient autant que nous. C’est les jeunes qui étaient très remontés, les jeunesses hitlériennes. C’était des jeunes qui étaient manipulés.

 


En 45, j’avais treize ans. Ma mère travaillait : elle tenait encore un passage à niveau. Elle a pratiquement toujours travaillé à tenir des passages à niveau. Mon père travaillait de son côté, et elle du sien. Mes frères étant en âge de travailler, ils travaillaient dans les bois, pour des scieries. Et moi, je faisais les courses. Je découpais mes tickets. On ne risquait pas de me voler à l’époque, même si je n’avais que 13 ans. J’allais chercher le pain, la viande quand c’était le moment, parce que ce n’était pas tous les jours qu’il y en avait. Et puis je partais dans les fermes, de partout, chercher des lapins, des poules, des œufs, tout ce que l’on pouvait trouver à l’époque. J’en ai fait des kilomètres !

 

A Avignon nous vivions dans un passage à niveau qui se trouve vers le magasin Carrefour. Je me suis mariée là ; la plus jeune de mes sœurs y est née. Ca s’appelait le « Terminus Monclar ». Le passage à niveau 235. C’était le dernier  avant la Durance. Monclar était un quartier bien, calme.

 

Saint Ruf était un quartier un peu huppé, un peu riche. Tout à fait au bout de Monclar, il y avait un laitier. Le soir, j’allais y chercher le lait. Et c’est comme ça que j’ai connu mon mari. C’était un copain à mes frères, et c’est comme ça que l’on s’est rencontré. Il était né à Monclar. C’était des quartiers bien. Il y avait des fêtes votives ; j’y ai passé de bons moments. Nous avions plus de liberté que maintenant, moins de crainte. Quand les filles rentraient le soir, elles n’avaient pas peur.


Mes parents ont été durs avec moi, mais j’étais un garçon manqué. J’avais deux frères avant moi, et deux frères après. J’étais au milieu. Après, j’ai eu deux sœurs, mais il y avait beaucoup de différences entre elles et moi. Avec l’une, j’ai dix ans de différence, et avec l’autre, dix-huit. La dernière, c’est plus ma fille que ma sœur. Moi, j’étais infernale. J’ai pris des raclées de mon père. Je grimpais de partout, dans les arbres et tout. Mon père était furieux de voir sa fille comme ça. Et je me suis arrangée après, quand j’ai eu une quinzaine d’années.

 

Je me suis mariée sur Avignon. Mon mari était d’Avignon ;  les parents et grands-parents étaient du Vaucluse. Ils étaient vraiment ancrés à cette région.

 

 

 

 

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*PLM : La compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, communément désignée sous le sigle PLM, était une compagnie privée de chemin de fer française, antérieure à la création de la SNCF.

 

 

 

 

 

 

 

 

Texte collecté lors de notre partenariat vec "les Floralies" au Pontet

 

 

 

 


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Auteur Conversation
demian
Posté le: 26/4/2010 12:00  Mis à jour: 26/4/2010 12:00
Webmestre
Inscrit le: 23/12/2008
De:
Envois: 159
 _RE Eliette
Ce texte vient d’un partenariat entre Histoires et Souvenirs et l’association Les Floralies.
Merci à tous, et surtout aux participants, qui nous ont fait confiance.
J’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que nous en avons eu à les collecter.
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 jeremy 

 

 

 

 

 

Né le 24 novembre 1989 à Carpentras (84)                                     

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Anaïs

Née le 20 janvier 1937 à Avignon (84) 



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