Histoires & Souvenirs

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Mériem

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Née en 1946

A Annaba ( Algérie )

 J’ai appris le français en Algérie, parce que j’allais à l’école qu’on appelait à l’époque l’école française. Je côtoyais des français, des juifs, toutes races confondues, on était bien ensemble. J’ai eu mon certificat ; j’étais vraiment douée mais malheureusement je n’ai pas pu continuer.

Je suis arrivée en France en 60. Je suis de 46, j’avais 14 ans, j’étais adolescente. Je suis arrivé à Paris chez mon oncle. C’était un oncle très affectueux parce qu’il n’a jamais eu d’enfant. Alors, il prenait tous ses petits neveux en affection. On était très choyés par lui. Je suis restée deux ans chez lui. Il m’a même inscrit dans un lycée mais malheureusement cela n’a pas marché.

On avait tellement de respect pour les parents que moi, à 14 ans, je ne parlais pas devant mes parents. J’écoutais ce qu’ils disaient, et j’obéissais. Après, à 16 ans, ils m’ont mariée et malheureusement je n’ai pas pu continuer mes études. J’ai eu un enfant à 19 ans et après j’ai continué, j’ai eu trois enfants.

Et voilà, j’ai vécu 35 ans avec un homme qui était travailleur et tout. Il travaillait sur les marchés. C’était quelqu’un mériem 013d’illettré, on l’a choisi pour moi. Un mariage forcé, quoi. C’était un arrangement comme ça, en France. Mes enfants sont nés en France, à Paris et à Marseille.

Je n’ai jamais vécu ce que les autres ont vécu en Algérie, quoi que tout en étant en France, j’ai vécu le même problème, parce que ce sont mes parents qui ont choisi pour moi.

Mais cela n’a pas marché. C’était un homme qui voulait que la femme soit à la maison, il était strict. Travailler, il n’en était pas question, sans compter le reste. J’ai passé mon permis de conduire en cachette. Toute une histoire. Et j’ai fini par partir. Une fois que mes enfants ont grandi, j’ai divorcé, parce que j’étais restée uniquement  pour eux. Je l’ai même dit au juge. Quand on a divorcé, elle m’a dit : « Madame, pourquoi vous avez subi tout ça pendant 35 ans ?  Pourquoi vous n’êtes pas partie ? ». Je lui ai dit : «  Par rapport à mes enfants. Je ne pouvais pas les laisser comme ça et partir ».

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    11 mai 2016 at 8 h 46 min

    Le texte de Mériem a été collecté lors d’un projet avec l’accueil de jour du Secours Catholique d’Avignon (84000) en 2009.

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