Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Marguerite

P1010187

Née le 21 février 1928

 A AVIGNON

Pendant la guerre, je me souviens, on a vu beaucoup d’avions arriver, c’était des Américains, mais nous, on ne le savait pas. Ils ont bombardé partout. À la gare, au marché, et il y a eu beaucoup de morts. Les Allemands, ils n’ont pas bombardé. C’est les Américains, pour les faire partir. Moi j’habitais Saint Gilles, j’avais dix – huit ans, et j’avais un petit qui avait sept ou huit mois. Les Allemands, ils occupaient tout Saint Gilles, enfin toute la France, et ils habitaient juste à coté de nous. Il y avait ma belle-mère, ma belle-sœur, ma nièce, mon mari et moi. Un jour, il y en a deux, ils sont venus. Ils étaient saouls. Nous, on avait oublié de fermer la porte en bas. Ils sont montés, ils avaient du champagne et du pain. . Mon mari il a ouvert, et il a vu deux Allemands. Ils sont rentrés, ils nous ont demandé qui on était. Et mon petit qui avait sept ou huit mois. Un Allemand se lève, il me prend et il me fait asseoir sur lui. Moi j’avais peur. Mon mari il voulait m’enlever, et ma belle-mère elle disait : « Ne fait rien parce qu’ils vont te tuer. ».  Moi je voulais m’enlever et je leur disais : « Mon petit, il pleure. ». « Non, non, non, toi assise là. ». Ils m’ont obligée à boire du champagne. Mon mari il avait peur, et moi aussi. Je faisais semblant de boire du champagne et je le jetais. Ils sont restés un bon moment, et après ma belle-mère a dit « Allez, il faut partir maintenant. C’est tard. Mon petit y faut qu’il travaille aussi demain. Il faut partir. Vous reviendrez demain. ». Ils sont partis et ils ont laissé deux bouteilles de champagne et une couronne de pain. On était contents parce qu’il y avait du pain. Mais le lendemain, avec ma belle-sœur, on est allé voir celui qui commande. A la kommandantur. On lui a expliqué qu’il était monté deux Allemands, jeunes, et qu’ils voulaient me prendre  moi et que mon mari, il voulait se mettre au milieu. Alors le commandant il nous fait « Vous les connaissez ces soldats qui sont montés chez vous? ». Ma belle-sœur elle a dit : « Oui. ». « Comment ils sont ? » Alors on lui a expliqué, tout. Alors il dit : « On va faire le rapport et on va leurs dires qu’ils ne montent plus chez vous. ». Et on ne les a plus vus.

Ma belle-mère, elle était vieille, elle aussi peuchère. On n’avait pas de pain, et à la caserne des Allemands, elle avait volé deux boules de pain. Mais les Allemands, quand ils ont vu ça, ils sont partis derrière elle. Ma belle-mère a pris vite le pain et elle l’a caché dans un puits, dans la cave. Ils sont rentrés, ils ont tout fouillé de partout mais ma foi, ils n’ont pas vu qu’on était devant le puits et qu’on cachait le pain. Il était attaché le pain. Alors, ils ont regardé de partout et ils n’ont rien trouvé, et ils ont dit à ma belle-mère: « Vous, faites attention, parce que la prochaine fois ce sera mauvais pour vous. ».  Ma belle-mère a dit : « Ce n’est pas moi, ce n’est pas moi !! ». Et puis ils sont partis et nous on a bien mangé le pain.

….

 

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 14 h 18 min

    Le texte de Marguerite a été collecté dans l’entourage direct d’un collecteur de mémoires en 2008.

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