Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Marcelle

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Née le 28 novembre 1931

A Avignon

Mes parents sont ardéchois. Ils se sont rencontrés en Ardèche, mais mon père est venu à Avignon, au chemin de fer, parce qu’il n’y avait plus de travail dans les fermes. Maman a eu quatre enfants, et elle faisait quand même des ménages.  Ils ont d’abord habité une cité qui s’appelait la cité Saint Martin, chemin des deux routes, mais je crois qu’elle n’existe plus, et puis après, quand papa est rentré au chemin de fer, on nous a trouvé un appartement à la cité Louis Gros, bâtiment douze. Quand je suis arrivé à la cité Louis Gros, j’avais neuf mois.  

La cité Louis Gros, je m’en rappelle comme d’un gros village. On se connaissait tous. Il y avait la fête votive une fois par an sur la place, il y avait les chevaux de bois, les manèges. Il y avait le bal, la fanfare, les défilés. Moi, je regrette l’ambiance qu’il y avait dans ce quartier. C’était un village. Le quartier de Monclar existait, mais on y promenait pour aller en Durance. Moi, j’allais à l’école de Monclar. Il y avait le boulevard Gambetta, la cité Louis Gros dépendait religieusement de Saint Ruf. Entre Monclar, Saint Ruf et tout ça, ce n’était pas du tout les quartiers que c’est maintenant. Bien sûr, quand vous disiez que vous habitiez à la cité Louis Gros, on savait que vous n’aviez pas un gros portefeuille. Je trouve que c’était quand même convivial.

J’avais huit ans, j’allais à l’école de Monclar. Le matin, on montait les couleurs et on chantait « Maréchal, nous voilà ! ». En face, il y avait la boulangerie pâtisserie Gay et plus loin, il y avait le lavoir. J’avais fait mes maternelles  à la cité Louis Gros, mais j’ai fait toutes mes primaires à Monclar. C’est mon père qui me menait.

C’était l’époque où les garçons faisaient des chariots avec des roulements à billes. On allait vers la Durance, parce que ça descendait un peu. Il y avait des garçons de notre âge et quelques filles. Moi, ma mère ne voulait pas que je monte dessus, mais elle savait que je montais quand même, que je désobéissais. Un jour, j’ai reçu une rouste mémorable. Maman nous avait fait faire une robe, et Dieu sait qu’ils n’avaient pas les moyens de nous habiller tous les jours. Je lui ai demandé si je pouvais descendre parce que je voulais aller avec  les copains et les copines. «Alors, tu quittes ta robe ! », elle me dit.  « Non », je lui réponds, « je ferai attention ». Malheureusement, ma robe s’est prise dans les roulements à billes et je l’ai déchirée. Je ne vous dis pas la fessée que j’ai reçue. Et j’ai eu de la peine, parce que j’avais fait de la peine à ma mère. Ma mère pleurait et les larmes dans les yeux de ma mère, ça m’a plus puni que la robe déchirée. J’ai compris et j’ai dit à  maman que je ne le ferais plus.

Il n’y avait pas d’argent chez mes parents, mais de l’amour on n’en a pas manqué. Quand maman avait des sous, pour notre anniversaire, on avait un petit quelque chose, et toujours le gâteau qu’elle faisait. Quand on n’en avait pas, il y avait une carte et on signait tous. Mon père disait toujours : « Non, non, je n’ai plus faim ! », alors qu’il avait de l’appétit. Il était devenu maigre comme un clou pendant les restrictions. Quand tu es enfant, tu es égoïste. Il se privait de manger pour que nous on mange.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 14 h 36 min

    Le texte de Marcelle a été collecté lors de rencontre avec le foyer logement des Floralies au Pontet (84130) en 2009.

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