Née le 31 décembre 1930

à Pontailler-sur Saône (21)

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Je suis née à Pontailler-sur-Saône, à l’est de Dijon, en Côte-d’Or où je suis restée jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Mes parents tenaient un commerce, une boulangerie pâtisserie.

Je me souviendrai toujours de l’arrivée des Allemands en juin mille-neuf-cent-quarante. Tous les habitants avaient peur et presque tous sont partis avec le personnel de la poudrerie de Vonges, à côté de Pontailler, qui devait regagner la poudrerie de Toulouse. Nous étions parmi eux, dans la débâcle. Nous étions dans une voiture conduite par un cousin qui venait d’avoir son permis.

Il y avait une telle cohue ! Nous avons mis deux ou trois jours pour arriver à destination.

Nous étions logés dans de grands baraquements. Les Toulousains  ne nous appréciaient pas. Ils nous appelaient les doryphores.

Enfin, après six semaines, mon père qui était resté pour faire le pain aux quelques habitants qui n’avaient pas pu partir est venu nous chercher ma grand-mère, ma mère, mon frère, ma sœur et moi.

Mais avant d’arriver à Pontailler, il a fallu traverser la ligne de démarcation à Chalon-sur-Saône. Nous n’étions pas seuls, il y avait une longue file d’attente.

Nous étions à pied et déjà bien fatigués d’avoir tant marché tout le long de notre trajet de retour. Une voiture conduite par des Allemands s’arrête et ils nous obligent, ma grand-mère, ma sœur et moi, à monter.

Quelle frousse nous avons eue. Les premiers Allemands que nous voyons nous emmenaient sans les parents !

Mais non, rien de méchant, ils nous ont fait traverser la ville et nous ont déposés devant un bistrot où ils nous ont fait boire un sirop avant l’arrivée de nos parents.

Quand nous sommes revenus à Pontailler, nous étions commandés par la kommandantur. Il n’y avait plus de maire, les Allemands dirigeaient tout.

Un jour, munis de fusils, ils sont venus dans chaque maison ramasser les femmes et les enfants, puis ils nous ont conduits devant le monument aux morts avec le peloton d’exécution devant nous. J’étais jeune, je ne me rendais pas vraiment compte de ce qui se passait. Mais la peur s’est propagée.

Après une bonne heure, ils nous ont relâchés. Ensuite, nous avons su le pourquoi. Ils n’avaient pas eu la livraison de foin et de paille commandée.

Maintenant, nous sommes deux pays amis. Vive la communauté européenne !

Ensuite, à quatorze ans, comme nous étions à la campagne, sans cours complémentaires, j’ai passé le certificat d’études et je suis partie cinq années à Dijon comme interne dans une école technique. J’ai passé le CAP, le brevet et le brevet professionnel. Mon idée était d’arriver à être professeur de couture. Mais comme il fallait plusieurs années de pratique pour passer les examens, je me suis mise à mon compte.

Nous étions un groupe de jeunes, aussi bien garçons que filles, à sortir ensemble, copains-copines. Notre principale distraction était les bals. Il y avait toujours un bal, une fête. Il y avait de très belles salles de bal avec du parquet ciré. Ou sinon nous nous réunissions pour jouer, nous promenions ensemble à vélo. C’est au travers de ce groupe d’amis que j’ai rencontré mon mari.

Dans la couture, il fallait beaucoup d’heures de travail pour gagner pas grand-chose. Mon fiancé m’a incité à passer un concours à la poudrerie de Vonges pour deux emplois au bureau de la comptabilité. J’ai réussi le concours et là j’ai passé deux années très agréables.

J’avais deux kilomètres à faire pour aller travailler, je commençais à sept heures le matin. Nous faisions quarante huit heures par semaine à l’époque. On travaillait le samedi matin. Il m’est arrivé d’y aller à pieds par moins vingt-sept. Il y avait d’énormes congères. Ces températures ont duré un mois, c’était en mille-neuf–cent-cinquante-six, l’année de notre mariage.

Nous venions de nous marier, quand mon mari qui travaillait également à la poudrerie de Vonges a postulé pour trois postes. Un à Angoulême, un à l’usine du Bouchet dans l’Essonne et un à Sorgues. C’est comme cela que nous sommes venus à Sorgues.

Quand nous sommes arrivés à Sorgues nous étions un peu dépaysés, nous venions de quitter la famille. Heureusement, nous avions un logement fourni par la poudrerie en arrivant, au quartier de Bécassière.

Sorgues était beaucoup plus petit qu’aujourd’hui, il y avait sept- mille habitants. Le quartier de Bécassière était assez éloigné du centre.

Je n’ai pas repris le travail de comptabilité, je me suis occupée de ma grande famille. J’étais mère de famille, c’était un boulot à plein temps. Je me suis occupée de mes cinq enfants.

Je faisais partie d’une association familiale qui m’a fait aboutir à être nommée par le maire de Sorgues de l’époque au conseil d’administration du CCAS et du foyer logement du Ronquet. J’ai dû demander ma démission lorsque mon mari a été très malade. Je n’étais plus capable d’assurer.

Je suis venue au foyer logement du Ronquet au mois de mars deux -mille- quatorze. Je me sens vraiment très bien ici.