Histoires & Souvenirs

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Haza

haza

Née en 1975

A Mayotte ( Département d’Outre-Mer )

Je suis né à Mayotte, en 1975 mais j’ai des problèmes avec l’état-civil. Sur mes papiers il n’y a pas la date de naissance, ni le mois. Il y a le nom, le prénom, mais pour la date il y a marqué : « né le X.X.1975 ». Et en ce moment j’ai des difficultés pour avoir un acte de naissance.

Je compte y aller pour légaliser un peu tout cela, mais je ne sais pas trop comment faire, car ils vont me demander une date de naissance que je n’ai pas pour retirer l’acte.

J’ai perdu mon père, ma mère est encore en vie, mais elle ne se souvient pas. C’est pas trop vieux 1975, mais avec le conflit des Comores de ces années là, je ne sais pas comment ils se sont démerdés mais ils ont perdu les papiers. J’ai des grands frères et des grandes sœurs, mais ils ne se souviennent pas de la date exacte de ma naissance. Ca m’inquiète un peu. Cela fait que je vis sans date d’anniversaire.

Maintenant j’ai des enfants, j’en ai un qui est né en 2005, mais je ne peux pas faire de livret de famille. A la mairie, ils m’ont dit qu’il fallait que je parte à Mayotte pour régler tout cela. Avant on pouvait envoyer quelqu’un pour retirer un acte de naissance, mais maintenant, avec tout le trafic qu’il y a, il faut que ce soit la personne elle-même qui se présente. Voila pourquoi je n’ai pas d’anniversaire.

J’ai un peu fait des études, enfin, comme tout le monde, l’école primaire, et à quinze ans l’éducation nationale m’a mis dehors parce que Mayotte ce n’est pas comme ici en France, où on te note trimestre après trimestre. Là-bas, à la fin de l’année scolaire, on passait un concours pour l’entrée en sixième, et j’ai raté ce concours deux fois. La troisième fois j’avais déjà quinze ans, et pour eux quinze ans c’est trop vieux pour passer en sixième. Du coup on m’a mis dehors. J’ai alors aidé mes parents à cultiver, à planter, pendant deux ou trois ans.

J’avais un frère qui était parti de Mayotte pour s’installer à la Réunion, c’était un appui pour moi. J’ai un autre frère qui m’a payé le voyage pour quitter Mayotte. La Réunion c’était plus évolué que Mayotte. Grace à la mission locale de la Réunion j’ai fait une remise à niveau, puis j’ai suivi des formations. J’ai pu alors me débrouiller, me faire comprendre, m’exprimer en Français. De là, comme j’avais un cousin qui habitait Marseille, j’ai pu me payer un billet pour la France.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    11 mai 2016 at 9 h 02 min

    Le texte de Haza a été collecté lors d’un projet avec l’accueil de jour du Secours Catholique d’Avignon (84000) en 2009.

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