Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Ginette

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Née le 9 septembre 1933

A Alger ( Algérie )

Nous habitions le centre ville d’Alger. La vie à Alger était très bien, tout le monde était heureux. Dans les classes d’école il y avait des enfants juifs, musulmans et catholiques. Il n’y avait pas de problème.

Toute ma famille était d’Alger, autant du côté paternel que maternel. Je suis allée à l’école jusqu’au certificat d’étude puis j’ai passé le Brevet Elémentaire. Je voulais être secrétaire. Mon père m’a mise à l’Ecole Pigier d’Alger où j’ai eu mon diplôme de sténodactylo.

Mon père était une personne très rigide dans l’éducation. On ne pouvait pas sortir ; avant d’aller à l’école il fallait faire son lit, aller chercher le journal et le pain. Je n’ai quand même pas été malheureuse. Nous ne sortions qu’avec eux. Mon père étant dans la police, il avait des places pour le cinéma, pour le cirque. Nous avions moins de liberté que les enfants de maintenant.

A la fin de mes études, en août quarante-neuf, j’avais seize ans. J’ai trouvé mon premier emploi en septembre, pour mon anniversaire. Puis j’ai travaillé chez un avocat, dans les assurances, et aussi dans un laboratoire. J’ai fait plusieurs employeurs car je pouvais me le permettre, ce n’était pas comme maintenant, il y avait du travail. Pour me déplacer je prenais le bus ou le tram.

En cinquante-et-un j’ai travaillé dans une société, la SATA, Société Algérienne de Transport Automobile, où j’ai rencontré mon mari. Il était chef de quai, moi j’étais secrétaire, et il y a eu le coup de foudre. Il était très gentil, on s’est plu, ça c’est fait tout seul. C’est son beau-frère qui a fait la demande en mariage à mon père, sa maman était trop âgée pour monter les étages.  Je me suis mariée le dix-sept novembre cinquante-six à Alger et j’ai arrêté de travailler à la SATA en cinquante-huit, à la naissance de mon fils aîné, Jean-Charles. Puis trois ans plus tard nous avons eu Hervé, notre second fils.

Nous avons habité Alger, puis nous avons acheté une villa à Alger Plage, à une vingtaine de kilomètres d’Alger. Mais il commençait à y avoir des problèmes. À Sétif, dans le Constantinois, dans l’Oranie ça bougeait.

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Un jour que je sortais du travail, je suis passée entre deux attentats. Ils mettaient les bombes dans les lampadaires.  J’étais à pied, je travaillais encore à la SATA et je n’habitais pas très loin. Un lampadaire a explosé alors que je venais de passer, puis un autre a explosé sur mon chemin avant que j’arrive. J’ai eu très peur. Il y avait des bombes en ville, de partout. J’ai un cousin qui était attablé à un bar, il est mort avec des éclats dans le ventre.

Puis il a fallu partir. Mon mari m’a laissée  avec ma mère à l’aéroport d’Alger Maison Blanche. J’avais mes deux petits et deux valises. C’était en Juin soixante-deux. Il n’y avait pas d’avion, nous avons attendu deux jours et deux nuits dans l’aéroport avec mes deux petits, dont un qui ne marchait pas encore. Mon mari n’est pas rentré avec moi car il attendait que son patron le mute en France.

Quand nous sommes partis, j’ai vu  la mer s’éloigner. Au fond de moi, et comme beaucoup, je pensais que nous allions revenir.

Quand nous sommes arrivés à Marseille, certains voulaient nous jeter à la mer. Nous n’avons pas été accueillis les bras ouverts. Heureusement, il y avait la Croix Rouge, ils m’ont préparé une Floraline pour le petit.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 14 h 28 min

    Le texte de Ginette a été collecté lors du second projet avec le foyer logement du Ronquet à Sorgues (84700) en 2015.

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