Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

François

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Né le 14 février 1925

A Entraigues ( Vaucluse )

 

Quand nous sommes venus habiter à Sorgues en 1930, à l’école je ne savais pas parler le français, je m’exprimais  uniquement en patois. Je pense que c’est pour cette raison que je n’ai pas pu apprendre correctement le français. D’ailleurs, ce n’était pas le « provençal » mais  un patois provençal. Dans le journal, il y a toujours un article en provençal et bien des fois je n’arrive pas à le lire, tout comme les livres de Fréderic Mistral. C’est du Provençal littéraire, moi je parle le patois d’ici. Ce n’est pas exactement la même chose.

Je me souviens quand nous étions  jeunes avec mon frère et ma sœur, nous jouions  avec la lessiveuse de ma mère qui était partie faire des courses. Nous avions mis mon frère dedans et nous le poussions. A cette époque, les routes n’étaient pas goudronnées. Nous étions si sales mon frère, ma sœur et moi que nous ressemblions à des charbonniers. Et la lessiveuse, elle, était trouée. Heureusement,  il y avait des « gars  » qui passaient dans les villages pour réparer tout ce qui était  ustensiles en fer ou en étain. C’était les étameurs.

Il y avait aussi les patiareïs, c’était ceux qui passaient dans les villages pour acheter les peaux de lapins. Lorsqu’ils arrivaient, nous nous cachions, les parents disaient qu’ils allaient nous vendre si nous n’étions pas sages.

A 16 ans mon père m’a dit « l’école, c’est fini ». Il m’a mis en apprentissage dans un garage, c’était en 42.  Pour l’été, le patron  me dit : « voilà, au mois d’août je vais me reposer et il y a le poste à essence et les crevaisons à s’occuper. Si tu veux les crevaisons c’est pour toi. » 

C’est ainsi que j’ai gagné assez de sous pour m’acheter mon premier appareil photo chez le marchand de journaux. C’était un Kodak. J’ai  pris mon appareil photo, la pellicule et le dimanche je suis parti  au parc prendre des photos. Le parc, ce n’était pas comme maintenant. Il y avait des chutes d’eau, des statues, c’était vraiment bien !

Tout à coup, une fille se précipite sur moi et crie  « vous m’avez prise en photo ! », elle m’arrache l’appareil des mains, elle saute dessus et l’écrase. C’était mon premier contact féminin, et je pense que c’est pour cela que j’ai toujours eu des problèmes de communication avec les femmes.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 13 h 41 min

    Le texte de François a été collecté lors d’un premier projet avec le foyer logement du Ronquet à Sorgues (84700) en 2012.

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