Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Eliette

Eliette

Née le 4 mars 1932

A Collias ( Gard )

Pendant la guerre, nous étions à Orsan. Ma mère tenait un passage à niveau. La gare était juste à côté, et quand ça été la débâcle, je me demande comment ma mère a survécu. Le passage à niveau s’ouvrait à la manivelle. On ne le fermait qu’à l’arrivée d’un train. Quand ma mère fermait le passage à niveau, elle était obligée d’enlever la manivelle, parce que les allemands, en pleine débâcle, voulaient à tout prix ouvrir pour partir et ma mère ne voulait pas les laisser passer quand un train arrivait. Ils l’ont mise en joue je ne sais combien de fois. J’avais un petit frère qui avait sept ans à l’époque, et dans la cour, il jouait au soldat. Quand les trains – plateaux, remplis d’allemands, passaient, il faisait semblant de tirer dessus avec un bâton. Plusieurs fois, il a été mis en joue. Ils auraient pu tirer, à l’époque c’était des fanatiques. Il y en avait des gentils, ceux un peu plus âgés. Ils souffraient autant que nous. C’est les jeunes qui étaient très remontés, les jeunesses hitlériennes. C’était des jeunes qui étaient manipulés.

En 45, j’avais treize ans. Ma mère travaillait, elle tenait encore un passage à niveau. Elle a pratiquement toujours travaillé à tenir des passages à niveau. Mon père travaillait de son côté, et elle du sien. Mes frères étant en âge de travailler, ils travaillaient dans les bois, pour des scieries. Et moi, je faisais les courses. Je découpais mes tickets. On ne risquait pas de me voler à l’époque, même si je n’avais que treize ans. J’allais chercher le pain, la viande quand c’était le moment, parce que ce n’était pas tous les jours qu’il y en avait. Et puis je partais dans les fermes, de partout, chercher des lapins, des poules, des œufs, tout ce que l’on pouvait trouver à l’époque. J’en ai fait des kilomètres !

A Eliette5Avignon nous vivions dans un passage à niveau qui se trouve vers le magasin Carrefour. Je me suis mariée là, la plus jeune de mes sœurs y est née. Ca s’appelait le « Terminus Monclar ». Le passage à niveau 235. C’était le dernier  avant la Durance. Monclar était un quartier bien, calme. Saint Ruf était un quartier un peu huppé, un peu riche. Tout à fait au bout de Monclar, il y avait un laitier. Le soir, j’allais y chercher le lait. Et c’est comme ça que j’ai connu mon mari. C’était un copain à mes frères, et c’est comme ça que l’on s’est rencontré. Il était né à Monclar. C’était des quartiers bien. Il y avait des fêtes votives, j’y ai passé de bons moments. Nous avions plus de liberté que maintenant, moins de crainte. Quand les filles rentraient le soir, elles n’avaient pas peur.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 14 h 35 min

    Le texte d’Eliette a été collecté lors de rencontre avec le foyer logement des Floralies au Pontet (84130) en 2009.

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