Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Caroline

caroline

Née le 27 novembre 1933

A San Pellegrino ( Italie )

 

Je suis née le 27 novembre 1933 à San Pellegrino. C’est en Italie, à 75 Km de Milan. Il y a beaucoup d’événements que j’ai dû effacer de ma mémoire, parce qu’il le fallait. La vie ne se déroule pas toujours  comme on le veut.

A la maternelle il y avait une sœur, Sœur Thérèse, qui s’occupait de nous. Je l’aimais bien cette femme. Maintenant elle devrait avoir au moins 120 ans. Elle s’est occupée de mon père, de mes oncles puis de moi. Elle était vraiment super !!!

Dans mon enfance à l’école c’était très strict. On se prenait des « roustes » tout le temps, pour un oui ou pour un non. Il fallait apprendre les leçons par cœur. Il fallait marcher deux kilomètres à pied pour aller à l’école même sous la neige parce que la maison était éloignée. A l’époque, nous gardions  le même cartable du début jusqu’à la fin de la scolarité. On ne jetait rien. On avait toujours le même crayon, les mêmes affaires.

Sans me vanter, j’ai toujours été la première en classe. On nous appelait par ordre alphabétique pour réciter la leçon et comme mon nom de famille commence par un A, j’étais toujours la première à réciter. Alors les filles disaient : « ah, c’est la chouchou de la maîtresse ». Je me mettais dans un coin et je leur tirais la langue.

Je suis allée à l’école jusqu’à l’âge de 12 ans. J’ai eu mon certificat d’études et après j’ai arrêté. .J’en avais assez  parce qu’il fallait souvent rester le bras levé pendant 1 heure, pour le duce, Mussolini. Parfois je disais à mon amie, j’en ai marre, j’arrête.

Je me souviens qu’ils sont venus chercher l’alliance de ma grand-mère pour acheter des bombes.

Ma mère, la pauvre, allait à la montagne où mon grand père avait quelques vaches, pour aller chercher deux petites mottes de beurre et du fromage. Avant on ne goûtait pas comme maintenant, quand on arrivait de l’école, on se préparait un peu de lait caillé et on avalait ça.

Des fois, à minuit, avec ma mère on montait dans la montagne pour aller traire les vaches pour mes frères. Un jour mon grand-père s’en est aperçu. Je l’ai regardé et il m’a dit : «  j’ai compris, ne me dis rien, tais-toi ». Il le savait bien, à la maison il n’y avait que la paie de mon père.

Après l’école j’allais souvent aider mon grand-père à passer le râteau, couper et ramasser le foin, nettoyer les vaches.

Un jour, je devais avoir 10 ans, j’étais avec  ma cousine qui avait elle aussi  10 – 11 ans. Elle dit à mon grand-père : « On ne vient pas souvent ici parce que quand on vient, ça sent très mauvais ». Sa famille  était guindée avec  des petits souliers vernis noirs, des allures de princesse. Alors moi je me suis dit : « attends tu vas voir ». Les vaches sortaient pour aller à l’herbe, et comme d’habitude  elles ont fait leurs besoins. Alors je suis partie d’un seul coup et j’ai sauté  avec les deux pieds dedans. Mais vraiment avec les deux pieds. J’ai réussi à éclabousser tout le monde .J’ai crié : « A partir de maintenant tu ne diras plus que ça sent mauvais ». On ne les a plus revus. Mon grand-père m’a regardé et il m’a dit : « Mais pourquoi tu leur as fais ça ? ». Je lui ai répondu que je ne supportais plus de les entendre dire que tout sentait mauvais.

L’été mon grand-père ramassait le foin pour le donner à manger aux  vaches en hiver. Il fallait sauter sur le foin pour bien le tasser. Nous n’étions pas très nombreux, alors  une fois je suis venue avec quatre ou cinq autres petits comme moi pour l’aider. Nous avons si bien travaillé que  mon grand-père n’en revenait pas. La maman d’un des enfants qui étaient là,  a demandé ce que nous faisions.   Il lui a expliqué et lui a donné quelques œufs pour la remercier. A cette époque  les gens étaient beaucoup plus gentils, plus attentifs que maintenant.

Nous avions des tickets pour acheter la nourriture mais  heureusement que mon grand-père avait des vaches. Noël, cela n’existait pas vraiment. La veille de Noël les adultes nous laissaient faire tout ce qu’on voulait. Nous, les enfants nous en profitions. Mais le matin de Noël, les chaussettes étaient vides et on nous disait : « Vous n’avez rien car ces derniers jours vous n’avez pas été sages  ».J’ai compris plus tard  que c’était une excuse.

J’avaP1050873is  19 ans quand  ma tante, la sœur de ma mère qui était en France, à Nîmes, est venue. Elle a demandé à ma mère si nous voulions venir en France avec eux. À cette époque mon père était encore là, mais il était très fatigué. Ma mère a hésité  et finalement elle n’est jamais venue. Alors ma tante m’a emmené chez elle.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    4 mai 2016 at 14 h 32 min

    Le texte de Caroline a été collecté lors d’un premier projet avec le foyer logement du Ronquet à Sorgues (84700) en 2012.

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