Histoires & Souvenirs

Collecteur de mémoires

Bruno

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Né le 29 juin 1961

A Avignon ( Vaucluse )

Chaque fois, je suis tombé sur des femmes à qui je faisais confiance. Et je me suis fait avoir !  Pas de chance ! Alors, tu paies l’appartement, le loyer, les meubles … Et après ça, elles te disent : « Monsieur, au revoir … ». J’ai fini par me retrouver à la rue. Parce que je n’aime pas la solitude, et que chaque fois, je me fais piéger.

 Les derniers temps, j’avais un grand appartement sur Bedarrides pour moi tout seul. Je me suis mis avec une femme de Villeneuve – lez – Avignon.  Elle a voulu que je vienne vivre chez elle. J’ai laissé mon appartement, j’ai payé ses loyers en retard, j’ai payé l’eau, l’électricité, tout ce qui avait en retard. Moi, je travaillais à Châteaurenard. J’ai eu des problèmes de transport et je me suis retrouvé sans pouvoir me rendre sur mon lieu de travail. Mon patron m’a licencié. Et c’est là qu’elle m’a dit :  « Tu n’as plus de ressources, tu t’en vas. ».

 Je m’étais fait voler mes papiers un peu avant. Vol sur chantier, c’est vérifiable, tout est vérifiable. Je me suis retrouvé dans la rue, sans boulot, sans papiers. J’ai dormi un peu chez des copains, chez des copines, puis j’ai dormi dans la rue.  Tout est en cours, pour les ASSEDIC ou le RMI, depuis quatre mois et demi, mais pour le moment, j’ai rien. Pour faire les papiers, il faut trois mois déjà, à la base. Et tant que je n’ai pas de papiers, je ne peux rien faire. Dans les boîtes d’intérim, on m’a dit : « Monsieur, il faut l’original de votre pièce d’identité. ». La photocopie, ça ne suffit pas, il leur faut l’original. Voilà pourquoi je n’ai aucun revenu.

Et comme je ne suis pas un voleur et que je n’agresse pas les gens, j’en suis arrivé à faire la manche. J’ai honte de le faire. On me donne, on me donne, on me donne pas, tant pis. Et quand je finis la manche, que plus personne ne me voit, je vais dans un petit square, je m’assoie sur un banc et je pleure, seul, comme un gosse. J’ai honte. Pour l’instant, il me faut deux euros par jour. C’est à dire, qu’avec deux euros par jour, le soir j’ai un repas chaud, j’ai droit à une douche, un endroit pour dormir, et le lendemain matin, je peux me raser, être digne. C’est à la Croix Rouge française.

Dès que j’ai mes papiers, je me remets à la recherche d’un travail, parce que j’ai toujours travaillé dans ma vie. Pour le moment, j’ai deux solutions : soit je dors dans la rue, soit il me faut deux euros par jour. Faire la manche, c’est un truc que je ne connaissais pas jusqu’à présent. Je fais cela depuis deux mois, et honnêtement, j’ai très honte. Quand je n’ai pas deux euros, je dors dehors, n’ importe où, sur un tas de feuilles car les feuilles ça protège du froid, à condition d’avoir un carton dessous. Moi les deux euros, ce n’est pas pour boire un coup. Je m’achète un paquet de feuilles à rouler, et je ramasse des mégots dans la rue, tout simplement. Je me sens  gêné, mal à l’aise. Mais il y a pire que moi.

1 Comment

  1. Histoires-et-Souvenirs

    11 mai 2016 at 8 h 56 min

    Le texte de Bruno a été collecté lors d’un projet avec l’accueil de jour du Secours Catholique d’Avignon (84000) en 2009.

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